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 Interview de Jean-Marc Wiederrecht - Patron d'Agenhor

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ZEN
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Date d'inscription : 05/05/2005

MessageSujet: Interview de Jean-Marc Wiederrecht - Patron d'Agenhor   Lun 18 Déc - 7:51

Les interviews exclusives
Proposées par Joël JIDET






Jean-Marc Wiederrecht
Patron d'Agenhor



Si le grand public connaît peu Agenhor, les marques horlogères connaissent bien cette entreprise genevoise totalement indépendante qui crée des modules mécaniques pour les marques de haute horlogerie.
L’entreprise tient son nom de la compression d'Atelier GENevois d'HORlogerie. Avec Agenhor ce qui est compliqué devient simple car le savoir faire de l’entreprise semble n’avoir comme limite que l’imagination des créateurs, designers ou chefs de produits qui font appel à cette société. Agenhor crée « pour les autres » et a multiplié les brevets au cours des dernières années.
Sans aucun doute avons-nous un jour porté, admiré ou rêvons-nous d’une complication issue du savoir-faire de cette entreprise véritable manufacture du génie horloger.
Jean-marc Wiederrecht, homme passionnant et discret qui préside à la destinée de la société Agenhor, a bien voulu répondre à quelques questions.


Jean-Marc Wiederrecht, on vous doit un nombre impressionnant d’innovations et d’inventions telles qu’entre autres, le quantième perpétuel à deux aiguilles rétrogrades ou des complications à heure sautante. Avez-vous fait une liste de toutes les inventions que vous avez mises au point ?

Je n'ai pas établi de liste, mais j'ai effectivement réalisé de nombreux nouveaux produits, pour la plupart des aménagements judicieux de fonctionnalités plus ou moins connues. Il faut rester modeste et reconnaître que les véritables inventions en horlogerie sont extrêmement rares. On croit avoir inventé quelque chose de nouveau, alors que des fonctions similaires se retrouvent souvent dans d'anciennes montres, qui parfois même étaient protégées par des brevets. Une véritable invention doit être, à mon avis, la plus simple possible, et être imaginée et réalisée réellement pour la première fois !

Parmi les différents brevets que j'ai déposés, celui qui répond le plus à ma définition d'une réelle invention, est un système d'engrenages à rattrapage de jeux. En effet ce brevet, très simple en apparence, offre d'énormes possibilités pas seulement dans l'horlogerie et permet de concevoir de nouvelles fonctionnalités, irréalisables il y seulement deux ans avec les méthodes d'usinage traditionnelles.



Votre entreprise, bien connue dans l’univers de l’horlogerie, l’est beaucoup moins du grand public et pour cause, vous travaillez dans l’ombre. Pouvez-vous nous donner quelques exemples de ce que vous avez créé et pour quelles grandes marques vous êtes intervenu ?


La vocation d'Agenhor est d'être au service des grandes marques et de rester très discrète sur ses activités. Bien entendues, les quelques produits et marques cités ci-dessous le sont avec leur autorisation expresse :



Arnold & Son – Quantième perpétuel , intégration de l'équation du temps pour déterminer le nord géographique, double fuseau horaire, heure solaire, heure civile, réserve de marche.




Harry Winston – Chronographe trirétrograde Heures et minutes excentrées



Est-ce que ce n’est pas frustrant pour vous et votre équipe de travailler pour autrui et de ne pas récolter la gloire des créations extraordinaires faites pour les autres ?


Oui et non. Pour l'ego, oui, je pense que développeurs et horlogers peuvent ressentir une certaine frustration de ne pouvoir revendiquer publiquement la paternité de leurs réalisations. Pour la bonne marche de l'entreprise, non. Par sa discrétion Agenhor offre à sa clientèle la possibilité de se profiler dans la sphère restreinte des créateurs et de se doter d'une image propre à faire rêver ses clients. La plus grande source de satisfaction pour Agenhor est la naissance du produit lui-même. Etant déjà connue de ses clients potentiels, Agenhor n'a pas besoin de faire de publicité.



N’avez-vous jamais caressé l’idée de créer votre propre marque de montres ?


Bien sûr je me suis posé la question mais il faut choisir et ne pas troubler l'image que je donne. Cependant, il faut choisir. Pour ne pas troubler l'image que je donne, je dois garder une ligne crédible et constante. Soit je crée ma propre marque, ce qui est un métier en soi, soit je développe des complications spécialement pour mes clients. Avec la ligne de conduite que je me suis choisie, j'ai l'avantage certain d'une aire de jeux beaucoup plus grande qu'une seule marque même la mienne pourrait m'offrir.

Chaque client a son atmosphère, sa culture d'entreprise et son profil. Les développements que nous réalisons étant personnalisés, il s'agit pour Agenhor de trouver celui qui s'adaptera exactement à chacun en terme de complications, de coûts et de quantité de produits. Mon désir est clairement de mettre Agenhor au service des grandes marques. Travailler pour une large clientèle est passionnant par la qualité des échanges avec les décideurs de ces marques et pour les challenges qu'il faut constamment relever.




Pouvez-vous nous expliquer comment vous procédez ? Une marque vient vous rencontrer, vous demande si vous pouvez réaliser une complication particulière ou bien est-ce vous qui lui faites des propositions ?


C'est très variable. Pour certaines marques, surtout celles avec lesquelles j'ai déjà travaillé, les demandes sont en général assez précises. Pour d'autres, les produits se profilent au cours des rencontres. Nos produits sont spécialement adaptés à chacun. Ce n'est pas facile à faire comprendre, mais Agenhor ne propose pas de "catalogue" dans lequel puiser, ni de modules standards que les designers pourraient habiller à leur façon. Le processus est inverse. Les marques me soumettent les fonctions particulières qu'elles aimeraient voir sur leurs montres. Au cours des discussions entre le client et Agenhor, le produit prend forme dans tous ses constituants, tant en terme de design qu'en terme de technique.



Récemment, un concept extraordinaire d'affichage de l'heure m'a été soumis par M. Paul Junod designer indépendant résidant à Bienne.

Au premier abord, cet affichage avec une aiguille d'heure ou de minutes en déplacement linéaire constant, associé à une rotation et un retour instantané de l'aiguille, semblait relativement irréalisable dans le volume d'une montre bracelet. Toutefois, à force de réflexion, nous pensons arriver prochainement à réaliser une montre équipée d'un tel dispositif que nous avons nommé "Affichage Rotatif Translatoire - ART".

Nous avons imaginé une mécanique complètement nouvelle, remettant au goût du jour un vieux principe très utilisé en horlogerie dès la fin du 18ème siècle, à savoir la bonne vieille chaîne, cousine de la chaîne à vélo ! Les moyens de fabrication actuels nous permettent d'envisager sereinement la fabrication d'une chaîne suffisamment fine pour assurer la fonction à satisfaction.

N'étant malgré tout pas certains de réussir à passer le cap du produit virtuel, nous avons décidé de réaliser une pièce complètement fonctionnelle avant d'entamer des démarches commerciales.

Ci-dessous est représentée un des premiers jets du concept esthétique de Monsieur Paul Junod. Une représentation animée peut être visualisée à l'adresse internet
http://pauljunod.com/ART.mov



Jusqu’où allez-vous dans la préparation des montres ? Il semble que cela va de la seule conception sans mise en fabrication au « clé en main (montre complète) ».


Généralement nous livrons nos modules assemblés sur les mouvements de base fournis par le client. Il peut se faire que nos procédions exceptionnellement à la pose du cadran et des aiguilles, parfois à l'emboîtage.

_________________
Contraria contrariis curantur. (Les contraires se guérissent par les contraires).


Dernière édition par le Mar 19 Déc - 0:34, édité 2 fois
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ZEN
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MessageSujet: Re: Interview de Jean-Marc Wiederrecht - Patron d'Agenhor   Lun 18 Déc - 7:52

Au sein de votre entreprise comment se répartit la charge de travail ? Qui crée et quelles sont les parts contributives de chacun ?

Agenhor est d'abord une entreprise d'horlogers. En effet, seuls trois personnes sur vingt-deux sont occupées à des tâches administratives. Je suis toujours au cœur des produits et de leur développement. Dès le début de leur conception, nos créations sont le fruit d'un travail d'équipe impliquant la contribution des horlogers en étroite relation avec les constructeurs. Chaque projet est pris en charge par un constructeur et un horloger pour toute la durée de vie du produit.


On voit aujourd’hui qu’une bulle horlogère est en train de se constituer. L’horlogerie haut de gamme se porte bien. L’horloger que vous êtes avant tout pense-t-il que l’offre des marques est satisfaisante au plan des innovations technologiques ou que les marques devraient se consacrer davantage à apporter des choses nouvelles dans la qualité et les développements de mouvements ?


L'offre est à la fois importante et très disparate. Nous avons encore en mémoire l'exploit de ces horlogers créant des tourbillons entièrement manuellement. Ils faisaient preuve d'un savoir faire admirable. Certains tourbillons, dont la qualité est discutable, ont été mis sur le marché ces dernières années. Je le déplore, car les concepteurs ont mis l'accent sur l'effet visuel de ces pièces, sans attacher d'importance à leur réelle fonctionnalité. C'est au détriment de la réputation de la belle horlogerie.



Vous travaillez essentiellement sur des modules qui viennent compléter ou modifier une base. Quels sont les calibres de base sur lesquels vous travaillez le plus souvent ?


Nous travaillons sur divers mouvements de base, selon les besoins du client ou suivant la disponibilité de ces mouvements sur le marché. Nous attachons toutefois de l'importance à leur fiabilité. Le spectre est large : des mouvements ETA aux mouvements Piguet, en passant par ceux de Sowind et de Vaucher.



Ces deux dernières années ont vu apparaître des matériaux et des technologies nouvelles par exemple dans le recours au silicium. Que pensez-vous du recours à ces matériaux non traditionnels dans les mouvements ?

Les nouveaux matériaux et les nouvelles technologies sont un vrai progrès pour l'émergence d'une horlogerie novatrice. Il semble que le silicium soit en passe de permettre des avancées significatives particulièrement dans les fonctions d'échappement. A ce jour, Agenhor n'a pas encore réalisé de pièces dans cette matière très prometteuse.

En revanche, Agenhor a mis à profit la technologie développée par la maison Mimotec à Sion. Le procédé LIGA développé par cette maison permet la réalisation de fournitures de très haute précision et d'une finesse inégalable par les méthodes d'usinage traditionnelles. C'est grâce à cette technologie exceptionnelle qu'Agenhor a pu mettre au point les engrenages à rattrapage de jeux.




Parmi les innovations horlogères auxquelles vous n’avez pas participé quelles sont celles auxquelles vous êtes le plus sensible ? Qu’est-ce qui vous a le plus marqué ?


Celles ayant trait à l'affichage de valeurs astronomiques telles que celles développées par Vacheron Constantin et Jaeger LeCoultre. J'admire également des développements sérieux de tourbillons à plusieurs axes, tel celui développé par Greubel Forsey ou le Girotourbillon de Jaeger LeCoultre. Une pièce remarquable par sa nouveauté et son originalité d'affichage est l'Opus V de Harry Winston.


Vous arrive-t-il de « buter » sur une création et de devoir dire non à votre client ?

Dans la phase de développement, on rencontre toujours plus de difficultés que prévu initialement. En règle générale je détecte les problèmes rédhibitoires dans la phase des discussions préliminaires et c'est là qu'il faut savoir soit orienter le projet différemment, soit y renoncer.



J’imagine que certaines complications vous ont donné plus de fil à retordre que d’autres. Quels ont été les développements les plus difficiles et les plus consommateurs de temps ?


Je pense que le développement le plus difficile a été celui de la montre "True North" de Arnold & Son, en image ci-dessus. Aucune montre avant celle-ci n'avait proposé avec une telle précision la détermination de la position du nord géographique en fonction du soleil. En effet, le mécanisme qui actionne la bague azimutale corrige cette dernière en fonction de la valeur de l'équation du temps correspondant au jour affiché par le quantième perpétuel de cette montre. La précision de lecture de la position du nord est plus grande que celle obtenue par une boussole et n'est pas dépendante des fluctuations de position du pôle magnétique. Pour mener à bien ce développement, il m'a fallu intégrer à sept reprises des mobiles d'engrenage à rattrapage de jeux. Sans ces mobiles, cette montre n'aurait pas pu voir le jour.



Vos maîtres, ce sont Abraham Louis Breguet, Lépine, ou considérez-vous votre métier comme radicalement différent en raison des technologies de production qui ont totalement changé avec notamment l’apport de l’informatique et de ce que l’on appelle la conception assistée par ordinateur ?

Notre métier a effectivement beaucoup changé, essentiellement par la façon de créer les fournitures. Celles-ci sortent des machines avec un si haut degré de finition, que les compétences manuelles exigées des horlogers peuvent être moins pointues que par le passé. Aujourd'hui un horloger est plus souvent appelé à assembler ces fournitures, qu'à les peaufiner ou à régler et produire une fonction.

Bien sûr, les maîtres que vous citez sont importants, mais il y a eu et il y a encore beaucoup d'autres personnalités de grande valeur. Pour celui qui veut prétendre au titre de maître, je pense qu'il lui faut connaître intégralement et maîtriser parfaitement l'héritage horloger, ainsi que les sciences annexes du moment. Il doit avoir la volonté et la capacité d'imaginer et de concrétiser de nouveaux concepts horlogers. Ces concepts doivent amener une amélioration, c'est-à-dire soit une meilleure précision, soit une plus grande performance ou encore une nouvelle fonctionnalité de la montre. Je pense que si Abraham Louis Breguet avait eu à sa disposition les moyens technologiques qui sont les nôtres aujourd'hui, il les aurait utilisés sans hésiter et les aurait poussés dans leurs dernières limites avec ce brio que nous admirons tous.

L'utilisation massive de l'informatique, particulièrement dans la conception du mouvement, révolutionne effectivement le métier. Elle est toutefois dangereuse par son approche trop virtuelle du métier. Des objets sont ainsi rapidement créés, mais ils ne fonctionneront vraiment que si le constructeur a pris en compte la réalité matérielle qui demeure, elle, incontournable. La matière reste rebelle aux éventuels caprices que lui imposeraient des créateurs déconnectés de la réalité.



Les marques sont pour certaines entre les mains de grands groupes horlogers. Est-ce que cela a changé la relation avec vos clients ? Avez-vous les mêmes rapports qu’avant avec les marques ou les groupes se font-ils très présents auprès de leurs marques pour négocier avec vous ?


Les marques avec lesquelles je travaille semblent avoir une très grande indépendance de création par rapport à leurs groupes respectifs. Les groupes semblent avoir aussi une action positive sur les marques, leur donnant un appui solide à différents niveaux : la création, la distribution et le financement. Les marques peuvent aussi rester très discrètes quant à leurs fournisseurs.




Si vous aviez un souhait à formuler pour l’avenir de l’horlogerie, quel serait-il ?


Pour le haut de gamme : le retour d'une meilleure culture horlogère, d'un plus grand respect du client, l'éradication de la publicité basées sur des produits virtuels au profit de produits dont la fonctionnalité a été démontrée.


Une dernière question. Quelle montre portez-vous et pourquoi ce choix ?


En ce moment, une montre "Time Zone" de la maison Harry Winston, d'abord parce qu'elle est belle, et ensuite parce qu'elle comporte deux principes mécaniques importants sur lesquels j'ai beaucoup travaillé, à savoir : un affichage du deuxième fuseau par une aiguille rétrograde et les affichages de l'heure et de la minute excentrées, qui nécessitent l'utilisation de mon engrenage à rattrapage de jeux.



Au nom des lecteurs de Forumamontres et de Worldtempus merci infiniment d’avoir accepté cette interview et sans nul doute aurons-nous à échanger à nouveau pour vos prochaines créations.

Joël Jidet Décembre 2006 –Droits de reproduction réservés .

_________________
Contraria contrariis curantur. (Les contraires se guérissent par les contraires).
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