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 Interview exclusive d'Alain Silberstein

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ZEN
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Date d'inscription : 05/05/2005

MessageSujet: Interview exclusive d'Alain Silberstein   Sam 17 Fév - 6:38

Les interviews exclusives


Proposées par Joël Jidet




Alain Silberstein


Indépendant jusqu’au bout des doigts, Alain Silberstein a su en 20 ans créer un style bien à lui et des montres à forte identité qui portent ses couleurs jusqu’en Asie. Personne n’est insensible au style véhiculé par Alain Silberstein, à la fois élaborée et pleines de complicité les montres de cet Architecte horloger renouvellent le genre de la montre de qualité pour offrir à chaque modèle un spectacle de couleurs et de formes. On pourrait craindre de se lasser de ses montres de caractère et c’est en fait l’inverse qui se produit car qui a une montre d’Alain Silberstein s’y attache et prend plaisir à porter un garde temps original, rare , fiable et précieux.


Alain Silberstein vous êtes Français, installé en France, certes à deux pas de la frontière Suisse mais qu’est-ce qui vous fait rester en France quand d’autres horlogers Français s’installent en Suisse ?

C’est une question que je me pose souvent… Disons qu’il n’y a pour moi pas de frontière mais un seul pays horloger entre France et Suisse.

Si le mouvement mécanique est devenu une spécialité helvétique, les métiers de l’habillage (tout ce qui n’est pas le mouvement) sont également répartis entre entreprises et artisans d’exception des deux côtés de la frontière. Certains ont peut être besoin d’un “swiss made” ou d’une image de marque suisse... Ce n’est pas mon cas. Quand des journalistes étrangers viennent me rendre visite à Besançon, je leur fait découvrir les beautés de la Franche-Comté, ma région d’adoption.

Ceci dit, il me faudra bien un jour trouver une réponse à la difficulté de conserver en France des personnels qualifiés dans les métiers de l’horlogerie.



Tourbillon Scout- Calibre à remontage manuel (ASC 1.3)



Vous diriez que vous êtes plutôt architecte, artiste ou horloger ?

Bonne question ! Je ne suis pas horloger, certainement artiste dans l’âme et pour toujours architecte.

Il y a un beau terme ancien qui qualifie le métier d’architecte : maître d’oeuvre. Maîtriser son oeuvre, depuis la première idée jusqu’à la réalisation finale. Pour se faire, une parfaite connaissance des différents métiers qui concourent à l’acte de bâtir est indispensable. Un architecte n’est pas charpentier, électricien ou plombier, mais il connaît suffisamment ces métiers pour dialoguer avec les hommes de l’art, pour faire de ses rêves une réalité. Dialogue est le maître-mot de la création.

J’ai abordé l’horlogerie avec ma formation et mon expérience d’architece d’intérieur. Ma passion de l’horlogerie m’a ouvert bien des portes car elle est partagée par de nombreux chefs d’entreprise et artisans qui m’ont fait découvrir leur métier.



Vous pensez qu’il est plus facile ou difficile de développer votre métier dans une entreprise indépendante comme la votre ou au sein d’une marque appartenant à un grand groupe ?

La période “romantique” de la renaissance de l’horlogerie mécanique est derrière nous. Le terme "indépendant" ne veut rien dire sinon le fait de ne pas appartenir à un groupe. Le développement des grands groupes horlogers rend de plus en plus difficile la mise en place de partenariat avec des entreprises spécialisées indépendantes car elles sont rachetées les unes après les autres.

L'innovation, la recherche et le développement des années avant la commercialisation des produits coûtent très chers. Il faut avoir des moyens financiers en adéquation avec sa stratégie de développement. Cela semble plus facile à trouver en Suisse qu'en France... C’est le prix à payer pour rester indépendant, c’est-à-dire avoir la liberté d’être à l’écoute de l’air du temps comme des amateurs d’horlogerie, la liberté de choisir les meilleurs partenaires selon les projets, et imaginer des créations qui ne sont pas le résultat d’un plan marketing pensé par un autre.

Je rêve parfois d’appartenir à un groupe qui me permettrait de réaliser des mouvements selon une philosophie bien différente de ce qui se fait aujourd’hui. L’actuelle explosion créative dans le domaine du mouvement mécanique est passionnante, et j’espère bientôt pouvoir y participer pleinement. Ma montre “Window” est une création- manifeste de ce que j’ai envie de développer ces prochaines années, garde-temps artistique et différent.



KRONO Bauhaus


Où puisez-vous l’inspiration qui vous fait créer les modèles de votre collection ? Votre dernier catalogue semble avoir la nature pour thème dominant.

La nature, ses couleurs et matières sont en effet ma source première d’inspiration. L’autre source d’inspiration est la rencontre lors de mes nombreux voyages d’hommes et de femmes passionnés d’horlogerie qui me font découvrir un autre regard sur mes créations : le regard de l’autre.

Un pays m’inspire particulièrement : le Japon.


Quels sont les marchés dans le monde où vous êtes présent et ceux où vous n’êtes pas encore ?

Je ne suis pas à l’aise avec ce terme de “marché”. Je suis très sensible aux cultures du monde qui m'enrichissent et qui sont autant de sources d'inspiration. Dans certains pays plus que d’autres, mes créations rencontrent depuis 20 ans le regard et l’adhésion d’hommes et de femmes. C’est le cas principalement en Italie, au Japon, aux États-Unis, en Russie et dans le monde asiatique, chinois et thaï notamment.

Il y a un pays que je ne connais pas et qui me fascine pour son extraordinaire richesse culturelle et spirituelle : c'est l'Inde.




Le taux d’exportation de vos montres est important ? Combien fabriquez vous de montres chaque année ?

Nous exportons 98% de notre production. Notre production est de 2.000 montres par an. D’ici à deux ans, nous produirons près de 4.000 montres par an pour répondre aux demandes de nos principaux marchés. Pas plus. Une production plus importante est un autre métier (qui n’est pas le mien) qui demande d’autres moyens techniques et ressources humaines, une autre organisation pour conserver les mêmes critères de qualité et de service.


Votre clientèle est-elle davantage Féminine que masculine ou les deux s’équilibre-t-elles ?

En dehors de petites montres spécifiquement créées pour une clientèle féminine, je ne dessine pas des montres en pensant à une clientèle particulière. Tout ce que je peux dire est que mes montres sont portées autant par des hommes que par des femmes.


Collection Alligator- Tourbillon


Parmi les mouvements qui reçoivent vos suffrages, il y a aujourd’hui Eta 7750 et 7751 et le calibre de Chronographe Frédéric Piguet 1185. Pourquoi ces choix ?

Souvenirs, souvenirs ! Ce sont deux belles histoires que je vais partager avec vous.

Je me rappelle de la première fois où le représentant des mouvements quartz ETA vint me présenter à Besançon le catalogue d’une usine qu’ETA venait de racheter à la vallée de Joux, avec un important stock de mouvements chronographes mécaniques dont ils ne savaient que faire...

Pourquoi ai-je “craqué” sur le VAL 7761 à calendrier complet ? Je ne le sais toujours pas ! Toujours est-il que le VALJOUX 7761 fut le premier mouvement qui équipa un KRONO ALAIN SILBERSTEIN en 1987... et qui équipe toujours le KRONO BAUHAUS 2 en 2007, dans sa version automatique (VAL 7751).

En 1994, je cherchais un petit mouvement chronographe automatique (111/2) pour équiper un nouveau modèle rectangulaire BOLIDO KRONO. Le seul mouvement existant sur le marché était le FP 1185 fabriqué par la manufacture Frédéric Piguet, un magnifique petit mouvement chronographe à roue à colonne qui équipait exclusivement les montres BLANCPAIN. Lors de la Foire de Bâle, je pris mon courage à deux mains pour demander à Jean-Claude BIVER, alors patron charismatique de BLANCPAIN, s’il accepterait de me fournir ce mouvement. Très gentiment, il accepta. Ce calibre d’exception équipe encore aujourd’hui certains de mes modèles.



Vous regrettiez il y a quelques années l’arrêt de la fabrication du mouvement Lémania 5100. En avez-vous toujours la nostalgie et pourquoi ?

Imaginez un mouvement résistant et “tout-terrain”, avec une seconde chronographe et un compteur 60 minutes au centre pour une lecture aisée, et un grand guichet jour-date. C’était le meilleur mouvement chronographe automatique fabriqué en Suisse pour un usage sportif, militaire ou professionnel. Pour certains, l’utilisation de matière plastique dans les composants de ce mouvement n’était pas compatible avec le “luxe” horloger ! Ou comment un certain conservatisme horloger préfère les côtes de Genève à la fiabilité...


Deux des Tourbillons de la collection d'alain Silberstein


Vous présentez plusieurs tourbillons dans votre collection. Est-ce indispensable aujourd’hui d’avoir ce type de modèles dans un catalogue ?

Certains considèrent que l’on est légitime si l’on a dans sa collection chronographe, tourbillon, répétition minute, calendrier perpétuel, que sais-je encore ?

J’ai dessiné ma première montre à dispositif tourbillon en 1994 avec la complicité amicale des dirigeants de la manufacture Lemania. J’étais fasciné par la mise en valeur du coeur du mouvement mécanique propre au tourbillon. La rotation de la cage du tourbillon visualise et symbolise parfaitement l’éternité du temps qui passe, comme un échapppement visible d’ailleurs. C’est une invitation à créer des montres d’exception et d’émotion, de véritables poèmes à porter au poignet.

Ce sera encore le cas avec le tourbillon qui célèbrera le 20 anniversaire de notre marque et qui sera présenté à la prochaine Foire de Bâle.



Combien y a-t-il de personnes dans votre équipe ? Est-ce vous seul qui faites le design ou avez-vous constitué une équipe dédiée à cette tâche ?

Nous sommes 16 personnes à Besançon. La création est une petite musique à quatre main, celles de Sylvie et Alain Silberstein. Le regard, la sensibilité et la rigueur de ma femme enrichissent significativement mes idées et projets.


Collection Scout - Klub watch


Comment vous partagez-vous entre le dessin des montres, les contraintes techniques que vous devez régler, la gestion de votre entreprise et on peut l’imaginer le rôle de nécessaire représentation à l’étranger ?

Ma femme est la sédentaire de l’équipe Silberstein : elle dirige l’entreprise et s’occupe de la production. Je suis le nomade de l’équipe Silberstein, au contact des clients et des fournisseurs pour la mise au point des nouveaux produits.


Le cloisonné, une technique maîtrisée à la perfection par Alain Silberstein


Parlez-nous de votre collection. Les « Krono Bauhaus ou Rondo Krono laqués cloisonnés » sont en position phare dans votre catalogue. Comment sont décorées ces montres ? Avez-vous dans votre équipe des spécialistes du cloisonné qui est un art difficile ?

Il fut un temps où les boîtes de montres étaient de véritables oeuvres d’art, pleines de couleurs et de fantaisie. Une visite du musée de l’émaillerie de Genève témoigne de cet âge d’or révolu. Mon défi était de trouver une technique adaptée aux montres d’aujourd’hui, plus sensibles aux chocs car portées au poignet. L'inspiration m'est venue en étudiant les techniques utilisées sur les stylos d'art. Je les ai adaptées en ne travaillant que sur l'acier, avec les savoir-faire de la gravure en champlevé, de la laque et du polissage. Il faut en effet trois métiers pour maîtriser cette finition particulière.

Dans le jargon horloger, nous sommes des “établisseurs : nous dessinons TOUS les composants de nos montres, sous-traitons la fabrication de l’ensemble des composants à des entreprises et artisans partenaires, puis les assemblons “à l’établi” (d’où le nom).



Votre entreprise fête ses 20 ans, un bilan ? La passion qui vous anime reste intacte depuis vos débuts ?

Beaucoup d’interrogations sur l’avenir pour trouver des partenaires à même de m’accompagner pour que mes nombreux projets - mes folies horlogères - deviennent réalités, et une passion toujours intacte car partagée par des “fans” dans le monde entier ; de véritables supporteurs” !


Que pensez-vous du développement des sites internet spécialisés en horlogerie ? Imaginez vous un jour faire appel au web pour diffuser vos montres ?

L’internet est un outil formidable pour diffuser de l’information, de la désinformation... et vendre des contrefaçons (l’explosion des ventes de contrefaçons sur internet est le problème numéro 1 des années à venir pour les marques de luxe, tous secteurs confondus). Ne soyons pas hypocrites : on achète souvent un produit sur internet parce qu’on a pu d’abord le voir dans un magasin ! La vente sur internet ne peut que compléter une stratégie commerciale fondée sur des points de vente dédiés.


Etes-vous un lecteur des forums horlogers ? Qu’aimeriez-vous y trouver de plus qu’aujourd’hui ?

Je ne vais qu’occasionellement sur les fora horlogers, car cela tourne rapidement en rond avec toujours les mêmes marques ou interrogations... Ce que j’aime y lire est la passion, non pas pour le marketing des marques mais pour la véritable création horlogère, d’hier ou d’aujourd’hui.



Au nom des lecteurs de Forumamontres et de Worldtempus, merci infiniment monsieur Silberstein d’avoir répondu à ces questions et à très bientôt.

Février 2007 Joël Jidet © Droits de reproduction réservés

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