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 Interview FAM - Questions à un horloger : Antoine de Macedo

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MessageSujet: Interview FAM - Questions à un horloger : Antoine de Macedo   Jeu 23 Fév - 7:26




Si la boutique située rue Madame dans le 6e arrondissement est bien connue dans le microcosme parisien, Antoine de Macedo est avant tout un horloger qui a près de 30 ans de métier. Après avoir terminé sa formation dans les années 80, cet enfant de la crise du quartz n’a cessé de persévérer dans sa vocation. A l’heure où le secteur fait face à une nouvelle crise, celui qui est déjà fort de son expérience de la précédente nous apporte son regard d’horloger mais aussi le regard d’une personne qui reçoit directement les clients finaux d’une industrie qui gagnerait à écouter davantage certains témoignages.
Un horloger, trois boutiques et de fameuses confidences.




Actuellement, le secteur connaît une crise. Dans l’équipe de FAM, nous l’analysons comme une crise de nature structurelle. Quel est votre regard sur la source de cette crise ?

En horlogerie, on a les mêmes méfaits que dans l’industrie en général. Les industries ne sont quasiment plus familiales, elles sont régies par des logiques de grands groupes avec des actionnaires qui recherchent une croissance des bénéfices à deux chiffres alors qu’en temps normal la plupart des entreprises s’estiment heureuses d’avoir fait un bon chiffre au cours d’une année. Je pense que la crise est liée à l’excès de gourmandise des grands groupes. D’une certaine manière, la logique financière a devancé la logique industrielle.


Et dans ce contexte, prévoyez-vous de vous étendre, de rationaliser ou de vous redéployer ?

Non, nous avons déjà trois boutiques, nous sommes adeptes du commerce raisonné. On est aussi tributaire de ce qu’on arrive à réaliser. Des montres, je peux en vendre dix par jour mais un horloger ne peut en réparer qu’une à la fois. Si on veut maintenir un niveau élevé de qualité, on est obligé de rester à une taille raisonnée. Dans nos équipes, il y a plus d’horlogers que de vendeurs. Généralement, dans les boutiques vous avez 5-6 vendeurs pour un horloger, nous c’est l’inverse.




Chez FAM nous avons constaté une progression phénoménale de la connaissance horlogère des clients…

Notre clientèle réclame une connaissance importante. Quand vous chapeautez un siècle de création horlogère et que vous avez en face de vous des clients qui ont une grande connaissance, ils ont besoin de réparties. Je dis souvent que les gens ne viennent pas acheter une montre, ils viennent pour qu’on leur vende une montre. Ce n’est pas tout à fait la même chose. Ils ont l’éducation maintenant. Les clients peuvent avoir une connaissance très pointue mais on s’aperçoit aussi qu’on a affaire à des personnes qui quelques fois ne regardent plus les montres dans leur ensemble mais qui regardent les montres dans les détails. Et j’ai remarqué que les gens passaient quelques fois à côté de l’essentiel parce qu’ils vont se focaliser sur un petit point qui va justement bloquer leur achat et c’est dommage car ils vont tomber par la suite sur une montre qui correspond à ce point particulier qui les intéresse mais cela va être au final une montre qui s’avère globalement moins belle. Quand j’ai commencé mon métier, on considérait une montre comme belle ou pas belle, globalement.


Tudor et Omega ont lancé de nouveaux calibres comme le MT5602 et le Master Co-Axial 8500. Quelle est votre perception du déploiement en masse des nouveaux calibres de manufacture ou des calibres groupe dans les marques que vous distribuez, constatez-vous une progression de la qualité ?

Si je prends l’exemple d’Omega, oui parce qu’Omega souffrait d’un vrai problème, c’est-à-dire qu’ils avaient installé une technologie, le co-axial, sur un mouvement qui n’était pas prévu pour être co-axial à la base. C’était un "rafistolage" avec tous les problèmes qu’on a trouvés en termes de fiabilité alors que l’idée était bonne à la base. Ils ont eu depuis l’intelligence de construire un nouveau mouvement autour de la technologie et non plus d’intégrer une technologie innovante sur un mouvement de conception ancienne. Je trouve que les derniers mouvements Omega sont parmi les mouvements les plus aboutis en ce moment en Suisse. En horlogerie, on a 4 grands problèmes qui se posent dans l’utilisation quotidienne d’une montre :

1 - L’étanchéité. Rolex y a fait face depuis très longtemps et c’est ce qui a fait le succès de Rolex.
2 - L’antichoc.
3 - Le magnétisme. Sur des montres contemporaines, on en a qui se magnétisent énormément.


C’est un sujet qui revient de plus en plus fréquemment chez vous ?

Oui, c’est très fréquent même sur des montres contemporaines. Pour les montres, le magnétisme, c’est le fléau du XXIème siècle.

4 - Le quatrième grand problème c’est la lubrification. Déjà Breguet disait au XVIIIème « Donnez-moi une huile parfaite, je vous ferai une montre parfaite ». Aujourd’hui, nous avons les technologies à base de silicium qui permettent de réduire les problèmes liés à la lubrification et là c’est un grand pas en avant. Ainsi, chez Omega par exemple, ils garantissent leurs montres plusieurs années mais leurs simulations indiquent des montres qui n’ont pas besoin de révision pendant 12 ans environ.  


Justement, ce sujet nous interpelle. Dans un contexte où le SAV tend à devenir, chez certains, "captif" du fait d’une politique visant à ne plus distribuer des pièces détachées aux horlogers indépendants, percevez-vous cela comme un danger en tant qu’horloger qui vend mais également répare et s’occupe de la maintenance des montres ?

Nous, en tant qu’horlogers indépendants, ce n’est pas facile à vivre. On arrive à une aberration : il est plus facile de réparer une montre de 1930 avec des pièces réputées introuvables que de réparer une montre qui a deux ans… C’est juste aberrant. Je pense que cela va être un vrai problème. Tout est fait pour vous empêcher de devenir autonome. C’est pour cela que moi, maintenant, je pars du principe que je dois faire ce que les marques ne veulent pas faire. Il y a un adage en automobile : quand on a une voiture neuve, on va chez le concessionnaire, quand on a une voiture de collection, on va chez le spécialiste. En horlogerie, on est amené à faire cela aussi. C’est vrai qu’il est dommage, pour l’intérêt de nos clients, que nous n’ayons plus accès à certaines fournitures. Je comprends les marques qui veulent garantir la qualité du travail - c’est en tout cas ce qui est mis en avant. Il est vrai que les plus gros dégâts occasionnés aux montres sont liés à de mauvais réparateurs. Quand vous donnez une montre auprès de la marque, elle est normalement faite dans les règles et dans leurs standards. Tout cela fait que c’est un peu ambigu. D’un côté, nous ne pouvons pas travailler, d’un autre côté, je comprends que les marques veulent protéger leurs marchés et la qualité du service au client mais on arrive à un niveau où les gens n’ont plus le choix. Les montres neuves, maintenant, nous les renvoyons en usine, nous avons suffisamment de travail avec les montres vintage mais parfois, sur certaines choses qui ne méritent pas d’immobiliser une montre pendant 5 semaines, elles pourraient être faites en quelques minutes si on avait accès aux fournitures. Cela aiderait tout le monde, même les marques, cela désengorgerait un peu leur SAV.  




Au niveau générationnel, nous avons tous remarqué l’impact des smartphones dans le comportement des nouvelles générations avec l’habitude prise de consulter l’heure sur leurs appareils. Au-delà de votre clientèle habituelle, y voyez-vous un danger ?

Pour l’instant, les smartphones ne me posent pas de soucis. Nous apprenons à nos enfants à lire l’heure de manière angulaire et tant qu’on le fera de cette manière, les aiguilles auront encore de beaux jours devant elles. Et d’ailleurs, moi aussi, je regarde l’heure sur mon smartphone, même quand j’ai une montre, parce que je consulte mes messages en même temps. On est tous connectés aujourd'hui. Mais si je change de téléphones régulièrement, ma montre, je la porte pendant des années et des années.


Et par rapport aux montres connectées ?

Le problème des montres connectées c’est leur obsolescence programmée. Je pense qu’on y arrivera aussi. Morphologiquement, le poignet est le prolongement naturel de l’homme pour accéder aux informations. Les montres, qu’elles soient connectées ou traditionnelles, ont encore de beaux jours devant elles.


A l’opposé des montres neuves, les montres vintage semblent en plein essor. Au regard de l’impressionnante collection de montres que vous proposez dans votre boutique, pensez-vous que le vintage serait en quelque sorte dans le contexte actuel l’eldorado caché du secteur horloger ?

Il l’a toujours été. Je compare souvent le monde de l’horlogerie avec le monde automobile. Vous avez la montre de collection, vous avez aussi la montre plaisir, le vintage permet de faire des achats très raisonnés et je ne parle pas de la beauté de l'objet. Avec le vintage, vous avez le charme, le vécu, la qualité. A l’époque, quand on faisait des montres, c’était des montres qui étaient faites pour durer. Maintenant, les temps ont changé, les gens auront plusieurs montres dans leur vie. Mon père avait sa montre pour aller travailler et il mettait son Omega en or pour le week-end. Actuellement, dans les nouvelles générations, il y a des personnes qui recherchent des repères et c’est vrai que les beaux objets font partie d’un art de vivre. L’avantage de chaque montre, c'est qu'elle n’aura pas le même vécu, même par rapport à une autre de la même marque et de la même année, il n'y aura pas la même patine. Il y a le charme de l’ancien et c'est quelque chose envers laquelle on est sensible, ou on ne l’est pas, mais quand on y est sensible, on peut trouver beaucoup de plaisir.


Vous prêchez un convaincu ! A titre purement personnel, qu’aimez-vous porter ces derniers temps avec plaisir ? Nous pouvons parler de marques mais aussi de vos goûts personnels en matière de mouvements, de complications et de design ?

Étonnement, je n’ai pas une grosse collection personnelle, je porte des montres par période. Je ne suis pas du genre à changer de montre tous les jours, je ne revends jamais les montres qui ont fait partie des cycles de ma vie. Je vais porter la même montre pendant 8 ans et après je ne la porte plus mais je la conserve. Il m’arrive parfois de porter par pur plaisir une montre pendant quelques heures mais je ne me les approprie pas forcément. J’ai plusieurs types de montre : en montres d’été, j’aime porter des montres avec des bracelets métalliques : j’ai une Ikepod Solaris, assez bizarre mais sympa à porter. Chaque montre a des spécificités et quand je regarde mes montres, elles sont toutes différentes. Elles ont une valeur sentimentale ou esthétique. J’ai une Royal Oak qui est une montre qui appartenait à une personne qui m’était très chère, une montre sentimentale. Une 1972 de chez Vacheron Constantin qui est une montre que j’ai portée pendant 7 ans. Une Breguet des années 70, un modèle assez étonnant avec un boitier étanche de forme carrée et une Rolex 1016 laquée et ma Laurent Ferrier actuelle que je porte depuis quelques années. J’ai ma montre de campagne : une Seiko de 1982 Diver 150 quartz qui est increvable, à part changer les piles, je n’ai jamais rien changé dessus. Je vais m’attirer les foudres des Suisses mais c’est une montre que je porte à la campagne depuis que j’ai explosé une Patek 5000 en déracinant un cognassier, j’ai dérapé, j’avais la montre sous le gant mais j’ai tapé sur des bordures en pierre… depuis que j’ai explosé ma Patek 5000, je porte ma Seiko à la campagne.


Quelles sont vos plus grandes attentes pour le Baselworld et les prochains rendez-vous horlogers ?

Il n’est pas facile de se renouveler dans le métier. L’élégance avait été un peu oubliée ces dernières années et cela revient. J’aime beaucoup Laurent Ferrier car leurs montres réinventent le classicisme. Le classicisme est le style le plus complexe à bien faire. Moi, ce que j’aimerais que les marques proposent, c'est d'essayer de faire des choses originales et plus abordables (dans la limite du possible). On s’aperçoit qu’il y a des personnes qui ont de l’argent mais qui ne peuvent plus se faire plaisir. La moindre exclusivité est aujourd’hui devenue difficilement accessible. J’aime une démarche horlogère avec une certaine honnêteté intellectuelle comme celle de Laurent Ferrier, ce ne sont peut-être pas les montres les plus abordables mais elles correspondent à ce que j'attends actuellement d'une marque.


Merci Monsieur Antoine de Macedo pour vos réponses sans langue de bois !





NB : Cet entretien s’est déroulé en dehors du cadre du partenariat temporaire établi entre la boutique de Saint-Germain et FAM pour faire bénéficier aux membres de certaines réductions. Le but de cet entretien était de recueillir une perception qui nous semble utile de partager et notamment sur les évolutions structurelles du secteur. Sans langue de bois et sans publicité.


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gégérs
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MessageSujet: Re: Interview FAM - Questions à un horloger : Antoine de Macedo   Jeu 23 Fév - 7:36

Merci pour ce petit retour . thumleft
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DON
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MessageSujet: Re: Interview FAM - Questions à un horloger : Antoine de Macedo   Jeu 23 Fév - 8:37

Merci. Je tiens à dire qu'il y a une série de points qu'Antoine de Macedo a particulièrement bien analysés.

Il est assez rare - dans un secteur qui est connu pour pratiquer la langue de bois et le pipotron - qu'un horloger se confie aussi facilement. Les remarques sont intéressantes et c'est certainement dû au fait que le propriétaire des trois boutiques n'est pas distant par rapport à sa clientèle. On bénéficie à la fois d'un regard direct sur une base client tout de même importante en région parisienne, sur les marques et les calibres et enfin du fait de l'expérience de la crise du quartz qui permet - pour ceux qui l'ont connue et en particulier ceux qui l'ont vécue quand ils débutaient leur carrière professionnelle - de regarder un peu au-delà du concert d'autosatisfaction qui s'est déchainé par la suite grâce à un période de croissance du secteur quasi ininterrompue pendant une vingtaine d'années.  

Dire que le Co-Axial d'Omega était une bonne idée mais que les premiers calibres qui en ont bénéficié étaient du "rafistolage" pour ensuite parler de l'intérêt des nouveaux calibres dont le Master Co-Axial semble constituer une avancée sans toutefois nier les problèmes de ces mêmes nouveaux calibres dont les pièces détachées et les équipements nécessaires pour les maintenir ne sont plus distribuées aux indépendants... C'est faire preuve d'une indépendance d'esprit un peu salutaire dans un environnement où il est difficile d'arracher quelques confidences surtout si elles sortent du registre de la brosse à reluire passée aux pieds des marques.

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ginko
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MessageSujet: Re: Interview FAM - Questions à un horloger : Antoine de Macedo   Jeu 23 Fév - 9:47

Merci Don pour cet interview thumright
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Alt0201
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MessageSujet: Re: Interview FAM - Questions à un horloger : Antoine de Macedo   Jeu 23 Fév - 9:54

Merci beaucoup DON pour ce sujet très intéressant à lire.
La bonne nouvelle est qu'il ne voit pas son métier disparaitre de si tôt.
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Lamontretictac
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MessageSujet: Re: Interview FAM - Questions à un horloger : Antoine de Macedo   Jeu 23 Fév - 9:57

Merci Don pour ce reportage : je sais le travail que cela représente, et ce type d'article est vraiment appréciable  Chinois

Concernant les AD, on lit en pointillé une certaine prise en otage par les marques :

- La fermeture du robinet à composants, qui prive les horlogers de matière et peut les éloigner de leur fonction première (le travail de la montre)
- La contrainte des prix, dont les AD ont pu bénéficier en temps de croissance, mais qui produit un effet de sclérose aujourd'hui

- Un point n'a cependant pas été évoqué : les marques qui retiraient les licences aux AD qui ne vendaient pas suffisamment de modèles chers. C'est ce qui est arrivé à un AD de ma commune, qui vendait beaucoup de modèles d'une marque, mais pas assez en finition or. Résultat : arrêt de la licence malgré des ventes respectables !

Enfin, j'apprécie l'analyse sur les effets de l'actionnariat. On a souvent critiqué le marketing sur FAM, alors que la vraie problématique reste une approche purement financière et spéculative. Le marketing ne peut pas s'exprimer dans ce type d'univers, car l'intérêt des Directions ne porte plus sur le produit et le client, mais sur le prix et la rentabilité. Dès lors, le socle de réflexion et d'action est biaisé, et ne peut que produire une soupe sans saveur ...
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DON
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MessageSujet: Re: Interview FAM - Questions à un horloger : Antoine de Macedo   Jeu 23 Fév - 11:56

Alt0201 a écrit:
La bonne nouvelle est qu'il ne voit pas son métier disparaitre de si tôt.

Être horloger indépendant aujourd'hui est un vrai défi et cela requiert un certain sens de l'adaptation, comme le dit Antoine de Macedo, il part du principe qu'il doit "faire ce que les marques ne veulent pas faire" : cela lui laisse encore des créneaux pour évoluer (et notamment le vintage pour ne citer que cet exemple au niveau de la réparation et de la maintenance des montres) et cela malgré la volonté de certains groupes qui cherchent à capter le marché au risque d'asphyxier une profession entière (ce qui est à mon avis une pure folie, les horlogers indépendants de qualité sont de puissants relais pour les marques et notamment pour (re)donner envie à plusieurs générations de partager le goût des belles mécaniques.

Le problème des groupes qui cherchent à contrôler le marché en l'asphyxiant (je fais référence à la politique de restriction dans la distribution des pièces détachées) c'est que leur politique est conçue au mépris de 2 choses :

1 - Au mépris des horlogers indépendants : quelques groupes partent du principe que les professionnels vont se laisser faire, ce qui est absurde, qui se laisserait asphyxier impunément sans réagir ou sans s'adapter ?

2 - Au mépris des évolutions du marché et de la demande : la demande a évolué, elle a besoin non seulement de rapport qualité/prix mais aussi de partage (et pas seulement sous la forme d'instagram et autres séances d'auto-congratulation sur les réseaux sociaux) avec des professionnels qui ne les prennent pas pour des mal-comprenants, avec qui il est possible d'échanger et de découvrir de nouvelles pièces (ou d'anciennes qui ne sont plus distribuées depuis longtemps par les marques).


Lamontretictac a écrit:
- Un point n'a cependant pas été évoqué : les marques qui retiraient les licences aux AD qui ne vendaient pas suffisamment de modèles chers. C'est ce qui est arrivé à un AD de ma commune, qui vendait beaucoup de modèles d'une marque, mais pas assez en finition or. Résultat : arrêt de la licence malgré des ventes respectables !

Les marques ont quasiment tout pouvoir dans ce domaine et d'ailleurs ZEN s'était fait l'écho plusieurs fois sur FAM. Le dernier sujet en date :
Actu: Rupture du contrat de distribution sélective : éviction d’un distributeur : le fabricant a les mains libres pour "réorganiser" son réseau de distribution, c'est un fait.

Les horlogers indépendants sont de puissants relais pour les marques mais d'un côté il y a aussi un phénomène de verticalisation de la distribution qui se joue en parallèle, effet de mode ou véritable lame de fond, cela bouleverse de nombreux AD. Le cas d'Antoine de Macedo est différent car si la boutique Saint-Germain est centrée sur les montres neuves, la boutique rue Madame (en termes de taille, c'est la plus grande des 3 boutiques) est beaucoup plus centrée sur les montres vintage.


Lamontretictac a écrit:
Enfin, j'apprécie l'analyse sur les effets de l'actionnariat. On a souvent critiqué le marketing sur FAM, alors que la vraie problématique reste une approche purement financière et spéculative. Le marketing ne peut pas s'exprimer dans ce type d'univers, car l'intérêt des Directions ne porte plus sur le produit et le client, mais sur le prix et la rentabilité. Dès lors, le socle de réflexion et d'action est biaisé, et ne peut que produire une soupe sans saveur ...

Le marketing est une fonction support : elle n'est qu'un instrument qui prend surtout de l'importance quand l'offre devient supérieure à la demande (bref, quand la concurrence est vive et qu'il faut batailler pour s'arroger une part du gâteau plus importante). L'idée d'avoir une croissance des bénéfices à 2 chiffres étant ancrée dans les esprits de nombreux actionnaires, il existe (et c'est valable dans toutes les industries comme le rappelle Antoine de Macedo) une décorrélation entre ce qu'une entreprise est capable de générer de manière durable et ce qui est attendue d'elle en termes de croissance de résultats. Et cela explique en partie les dérives en termes de prix qui ont pu être observées et par conséquent de l'importance prise par la fonction marketing (il faut bien essayer de justifier pourquoi une montre devient aussi cher pour caricaturer et aussi pour trouver des relais de croissance). Il faut savoir que si ces prix ont évolué de cette manière, c'est aussi parce qu'il y avait une demande : locale et ensuite (et principalement) tirée par l'international que cela soit par les marchés émergents ou les touristes issus de ces marchés émergents. Le marketing, en tant qu'instrument, a été utilisé pour capter au maximum cette demande afin de répondre aux objectifs fixés par le top management lui-même généralement soumis aux demandes de ses actionnaires.

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tactictac
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MessageSujet: Re: Interview FAM - Questions à un horloger : Antoine de Macedo   Jeu 23 Fév - 13:44

Merci pour ce beau travail.
Par hasard il se trouve que je suis passé, pour la première fois, chez lui hier après midi.
J'ai été très très bien reçu, il m'a consacré un bon bout de temps.
On sent le connaisseur passionné et ce qu'il propose est de très belle qualité.
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Monza75
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MessageSujet: Re: Interview FAM - Questions à un horloger : Antoine de Macedo   Jeu 23 Fév - 21:56

Excellente interview, bravo pour ce partage Chinois
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Lorenzo34
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MessageSujet: Re: Interview FAM - Questions à un horloger : Antoine de Macedo   Jeu 23 Fév - 21:56

Bonjour DON,

Merci pour cette interview très bien faite! Chinois

Je trouve qu'il s'en dégage une certaine forme de sérénité de la part d'Antoine de Macedo. Non pas que tout va bien, mais que tout peut aller mieux avec de bonnes réactions de la part des acteurs clés du marcher. Une analyse concise et précise des maux actuels.
Au delà des directions abusives prisent par les marques, j'aime sa vision sur certains AD, car ces derniers, pour moi, participent au déclin de cette industrie. Quoi de pire pour un client (qui plus est amateur ou passionné) de rentrer chez un AD et tomber sur un vendeur/vendeuse n'y connaissant rien, et pire, dire des énormités. Alors que nous sommes là pour un achat de plusieurs milliers d'euros pour une montre.
Pour reprendre son parallèle avec le marcher automobile, c'est comme les usines de production, notamment chez les généralistes, quel que soit le niveau des commandes, elles produisent en quantité, et c'est aux réseaux d'écouler. Cela tue le marcher, neuf et occasion...

En tout cas cela donne vraiment envie d'aller voir ses boutiques et d'échanger avec Mr Macedo!

Chinois
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ZEN
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MessageSujet: Re: Interview FAM - Questions à un horloger : Antoine de Macedo   Jeu 23 Fév - 21:57

C'est une excellente interview où Antoine de Macedo s'exprime comme j'aime, librement et sans langue de bois. On se retrouve dans ses propos. Bravo !

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Othon
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MessageSujet: Re: Interview FAM - Questions à un horloger : Antoine de Macedo   Jeu 23 Fév - 22:46

Oui, c'est une interview intéressante, d'autant qu'avec sa Laurent Ferrier le monsieur semble avoir bon goût.

Pour l'entretien il ne va pas falloir 10 ans pour que des pièces soient imprimables ; les marques qui n'auront pas joué le jeu seront vite écartées.
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herge81
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MessageSujet: Re: Interview FAM - Questions à un horloger : Antoine de Macedo   Ven 24 Fév - 1:57

Othon a écrit:
Oui, c'est une interview intéressante, d'autant qu'avec sa Laurent Ferrier le monsieur semble avoir bon goût.

Pour l'entretien il ne va pas falloir 10 ans pour que des pièces soient imprimables ; les marques qui n'auront pas joué le jeu seront vite écartées.

c'est vrai qu'avec l'impression en 3D, l'horlogerie semble la cible idéale pour pouvoir usiner/fabriquer des pièces à l'unité en cas de besoin.
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mrc39p
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MessageSujet: Re: Interview FAM - Questions à un horloger : Antoine de Macedo   Ven 24 Fév - 4:37

Merci pour le partage
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Manivel
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MessageSujet: Re: Interview FAM - Questions à un horloger : Antoine de Macedo   Ven 24 Fév - 5:28

Chinois

Ça fait du bien...

"Nos" questions (si j'ose dire) et les réponses que l'on peut en attendre.
Une bible pour un CEO de grande marque.
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DON
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MessageSujet: Re: Interview FAM - Questions à un horloger : Antoine de Macedo   Ven 24 Fév - 7:05

ZEN a écrit:
On se retrouve dans ses propos.

Effectivement, je partage (et je pense qu'une grande partie des membres aussi Chinois ) le regard d'Antoine de Macedo sur la plupart des sujets abordés. Il est toujours très agréable d'échanger avec un horloger professionnel.

Lorenzo34 a écrit:
Quoi de pire pour un client (qui plus est amateur ou passionné) de rentrer chez un AD et tomber sur un vendeur/vendeuse n'y connaissant rien, et pire, dire des énormités. Alors que nous sommes là pour un achat de plusieurs milliers d'euros pour une montre.

A titre personnel, je préfère évidemment avoir à faire à un horloger plutôt qu'à un vendeur. Il ne s'agit pas de jeter la pierre aux vendeurs, certains sont également des amateurs éclairés au même titre qu'une majorité des membres de FAM d'ailleurs mais j'aime aborder des sujets techniques, demander des informations, des ressentis et des retours d'expérience (je le fais systématiquement quand l'occasion se présente) et je me fie davantage à leur expérience qu'au blabla officiel.

La vérité c'est que je ne me fie guère (euphémisme) aux communiqués officiels et encore moins à quelques blogs qui se contentent de régurgiter ces mêmes communiqués presque mot pour mot et je ne parle pas de la presse où l'on s'aperçoit que le journalisme professionnel s'arrête souvent là où les intérêts économiques commencent (et c'est évidemment lié au business model d'une très grande partie de la presse).
Nous, sur FAM, nous voulons du contenu, des vrais retours... tout cela contribue à faire renaître un vrai désir pour les montres. Maintenant, les horlogers professionnels ont du travail dans les boutiques mais, quand l'occasion se présente, il est toujours agréable de demander leur avis, aussi bien sur la globalité d'une montre que dans ses détails (et tous les horlogers que j'ai rencontré aiment beaucoup partager).

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Lorenzo34
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MessageSujet: Re: Interview FAM - Questions à un horloger : Antoine de Macedo   Ven 24 Fév - 20:47

Tu as raison DON, les horlogers avec qui j'ai eu la chance d'échanger chez certains AD n'étaient pas avares de conseils ou de transmissions. Mais pour reprendre tes termes, sans jeter la pierre aux vendeurs, (qui plus est en étant dans la profession), je me dis qu'il est malgré tout évident d'être un tant soit peu éclairé sur le produit que l'on propose, sans pour autant avoir fait des études en horlogerie.
Attention, cela ne concerne évidemment pas toute la corporation, certains sont bons, même très bons, mais ils ont la chance d'avoir l'horloger à proximité afin de partager les connaissances et trouver l'information.
Cette transmission pourrait être ainsi valorisée durant l'accueil des clients en boutique pour mieux guider et promouvoir les pièces.
Un vendeur ne peut pas tout savoir, il a le droit de dire je ne sais pas, mais il a le devoir de chercher et trouver la réponse pour la donner au client. Et l'horloger a le savoir...
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Interview FAM - Questions à un horloger : Antoine de Macedo
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