FORUMAMONTRES
AccueilAccueil  PortailPortail  CalendrierCalendrier  RechercherRechercher  S'enregistrerS'enregistrer  Connexion  
| |
Partagez | 
 

 Profession chronométrier - Régleur de montres de concours.

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
ZEN
Rang: Administrateur
avatar

Nombre de messages : 49713
Date d'inscription : 05/05/2005

MessageSujet: Profession chronométrier - Régleur de montres de concours.    Sam 12 Aoû - 21:06

Profession Chronométrier



La nuit va tomber en ce début de soirée et ils sont là, faisant les 100 pas devant l’observatoire de Neuchatel, ils n’ont pas tous le même employeur, pire ils sont concurrents et s’opposent pour un titre…celui de meilleur chronométrier. Leurs manufactures d’attache sont Ulysse Nardin, Longines, Zenith ou Omega ou d’autres manufactures toutes aussi prestigieuses. Ce titre, ce premier prix, ils le défendent pour eux-mêmes ou pour la manufacture qui les emploie. Ils ont derrière eux tous les horlogers, tout le personnel et tous les patrons qui savent que le premier prix de concours de chronométrie leur permettra de faire de la publicité, on dit à l’époque, de la réclame pour la marque. Cette comparaison des performances, les chronométriers l’ont intégrée à leur vie quotidienne, leur savoir faire se transmet de génération en génération, de père en fils parfois et tels les secrets de la haute cuisine, les ingrédients de la réussite sont très bien gardés.


Des concours pour encourager le progrès



Les concours sont nés de la volonté des cantons et de la confédération suisse de faire progresser l’industrie horlogère. La Suisse au milieu du 19ème siècle s’est aperçue que la prééminence de son savoir faire était en péril car dans d’autres lieux, en particulier aux Etats-Unis, l’industrie horlogère est en train de se construire et d’adapter des modes industriels de production plus élaborés que ceux que la Suisse a pu mettre en place. Le phénomène amplifie avec la fin du siècle et les Suisses vont aux Etats-Unis pour s’imprégner de nouvelles techniques d’industrialisation. En parallèle, il faut prouver que les montres suisses sont plus précises que celles venues d’outre Atlantique. Même si les Allemands, les Anglais et les Français deviennent de sérieux concurrents, les Américains sont boulimiques pour se tailler de grandes parts de marchés et surtout ils sont très offensifs. Leur secret transite par une communication massive et par de la « réclame ».
Les Suisses restent convaincus que la publicité doit être informative et que la suprématie de la montre helvétique repose sur sa précision. Ce sujet sera le terrain de jeu de la concurrence entre les marques jusqu’à la fin des années 60.


Les prix décernés aux manufactures vont donc se succéder à diverses occasions jusqu’à parfois troubler la lisibilité de leur origine quand, comme c’est le cas pour l’exposition universelle de 1900, plusieurs marques revendiquent le grand prix de la manifestation. Beaucoup des « prix » distribués de la fin du 19ème aux années 40 ne sont que des expédients commerciaux destinés à faire valoir la marque plus qu’à la récompenser réellement d’une innovation technologique majeure.

Plus sérieux sont les prix résultant des concours de chronométrie. Ceux-ci sont nés à Genève en 1790 d’une idée de la société des arts pour motiver les inventeurs et faire évoluer l’horlogerie. Le premier concours n’interviendra qu’en 1816 avec comme lauréat Antoine Favan. L’épreuve consistait à présenter une montre à plat, pendue ou portée et dans une amplitude de température de 25 degrés de l’échelle de Réaumur, déviant de moins de 3 secondes par 24 heures, une véritable prouesse pour l’époque.

Préparation des montres chez Omega pour les JO ( Années 30)

Des épreuves sans concession

A Neuchâtel, il faut attendre la création de l’observatoire en 1860 pour assister au premier concours de chronométrie. En charge de la détermination de l’heure exacte et de sa transmission, l’institut reçoit dans ses missions celle d’observer des chronomètres et de consigner leurs performances sur des bulletins de marche. La première année, six chronomètres de marine et treize montres de poche furent soumises à l’observatoire.

Louis Augsburger - L'un des meilleurs chronométriers - Ulysse Nardin


Les règlements sont soumis à de perpétuelles évolutions, les prix sont individuels ou de séries, il faut alors pouvoir aligner six montres proches de la perfection et les pièces sont classées par catégories, d’abord les chronomètres de marine, puis ceux de poche et de bord puis la catégorie des montres bracelets sera reconnue en 1945. On parle écart moyen de la marche diurne, des changements de positions de la montre, de coefficient thermique lié à la variation de marche à un degré près et d’erreur résiduelle quand la montre passe de l’étuve à la glacière. Pendant 45 jours, les montres sont testées, torturées dans tous les sens, à toutes les températures avec un contrôle permanent de leur marche par comparaison avec l’heure « officielle » de l’observatoire.

Charles Fleck - Régleur chez Zenith milieu des années 1920

Une vie dédiée à la précision

La vie des chronométriers est modelée à la récurrence des concours. Toute l’année, ces horlogers, régleurs de précision ont une place à part dans la manufacture qui les emploie. Leur mission est de parvenir non pas à un très bon résultat mais au meilleur résultat, celui qui donne la première place face à la concurrence. Charles Thomann historien et fils de régleur de précision a vécu dans sa chaire la vie du chronométrier. Il en a fait un livre publié en 1982 aux éditions du Griffon à Neuchâtel intitulé « Les dignitaires de l’horlogerie ».


Dévoués corps et âmes à leurs montres, les chronométriers n’abandonnaient jamais leurs pièces et souvent, c’est 7 jours sur 7 que leur métier s’exerçait. L’absence parfois de moyens de transport les obligeait à aller à pieds par tous les temps surveiller le comportement d’une pièce. Les épreuves du froid, c'est-à-dire l’étude du comportement du mouvement à de basses températures pouvait conduire celui qui préparait la pièce pour le concours à la porter dans la chambre froide la plus proche ou la plus évidente, parfois celle du du boucher explique Charles Thomann.  Rarement, le chronométrier laissait sa pièce transportée par quiconque autre que lui-même. Le moindre choc, le moindre incident pouvant remettre en cause des mois de travail, la confiance n’était pas l’apanage des régleurs de précision, eux qui n’hésitaient pas à affronter hiver comme été des kilomètres de marche pour rejoindre l’observatoire et remettre leurs pièces en mains propres.
Point de dimanche ou de jour férié, la cause du réglage étant entendue comme supérieurement importante pouvait couper court à la vie de famille et à la tradition des réunions familiales. Qui d’autres qu’eux pouvaient sans dommage assurer le remontage des pièces chaque jour ? On entre en chronométrie comme d’autres entrent en religion. Le chronométrier porte une véritable dévotion à son métier. Si les épreuves avaient lieu à l’observatoire de Kew Teddington en Angleterre, alors le chronométrier suivait le plus souvent sa ou ses pièces jusqu’à sa destination.

 
Tous les régleurs de précision se connaissent d’une manufacture à l’autre, ils forment une véritable confrérie remplie d’un esprit de concurrence et d’amitié, d’émulation et d’angoisses partagées à attendre la proclamation des résultats. La disparition de l’un attriste tous les autres qui perdent bien plus qu’un adversaire, un ami proche, si proche de ce qui les fait vibrer. Hommes à part dans les firmes horlogères, loués par leurs patrons et leurs collègues, c’est sur eux que repose l’image de l’entreprise et la pression du résultat. Etre le deuxième ou le troisième n’a pas grand sens car seul le premier tire réellement profit du succès. La publicité comparative n’hésite pas à afficher les résultats, humiliant implicitement ceux qui n’ont pas conduit leur manufacture à la victoire.
Certaines marques seront véritablement abonnées aux victoires. Ulysse Nardin conserve pendant plus d’un siècle à partir de 1861, la place de premier au concours dans la catégorie des chronomètres de marine. Omega, Zenith ou encore Longines forment un trio gagnant sur les montres de poches puis les bracelets qui laisse parfois une place à Movado, Vacheron Constantin, Jaeger LeCoultre ou d’autres marques. La demande des consommateurs suit le mouvement et la communication des marques sur la précision porte ses fruits. On réclame à tout va des pièces certifiées de bulletins de marche que délivrent les Observatoires et les Technicum.
Jusqu’en 1960, l’heure de référence est donnée par un régulateur qui s’installe dans une chambre à pression constante. L’heure est encore calculée de manière astronomique par observation de la position du passage des étoiles au méridien. Ce n’est que plus tard que les horloges atomiques et leurs étalons de fréquence prendront le relais.


Les concours s’arrêtent à la fin des années 60, la cause en est la montre à quartz. Le règlement des concours est une nouvelle fois modifié se transformant en remise de prix généralisée et les marques historiques refusent cette duperie. Les derniers chronométriers repartent dans les ateliers où ils collaborent aux fabrications des manufactures et au développement des derniers mouvements en voie de création. Chez Zenith, le El Primero reçoit ainsi l’aide experte des chronométriers qui mettent la dernière main à la finalisation du calibre. On est en 1968, d’autres révolutions attendent les hommes…


Droits réservés - Joël Duval - Forumamontres - Août 2017

_________________
Contraria contrariis curantur. (Les contraires se guérissent par les contraires).
Revenir en haut Aller en bas
https://sites.google.com/site/hourconquest/
tom67
Puits de connaissances
avatar

Nombre de messages : 4602
Age : 26
Localisation : Strasbourg
Date d'inscription : 19/12/2014

MessageSujet: Re: Profession chronométrier - Régleur de montres de concours.    Sam 12 Aoû - 23:20

Chinois Chinois
Revenir en haut Aller en bas
Arnaud.A
Membre référent
avatar

Nombre de messages : 8528
Localisation : Montpellier
Date d'inscription : 15/10/2012

MessageSujet: Re: Profession chronométrier - Régleur de montres de concours.    Dim 13 Aoû - 2:21

Comme d'habitude, c'est passionnant et très bien écrit ! Chinois
La dévotion des régleurs envers leurs machines et les moyens développés pour parvenir à ces résultats poussent au respect. C'était clairement autre chose, un autre temps, une autre époque, une autre horlogerie...
Je serais curieux de connaître un peu mieux l'histoire de la tentative de résurrection de ces concours il y a quelques années et les raisons réelles de son échec... Il me semble de Greubel Forsey avait brillé à cette occasion.
Revenir en haut Aller en bas
broncos
Membre éminent.
avatar

Nombre de messages : 18480
Age : 51
Localisation : dans le 76...
Date d'inscription : 15/09/2008

MessageSujet: Re: Profession chronométrier - Régleur de montres de concours.    Dim 13 Aoû - 9:12

Quel métier fantastique, dédié à la performance pure! thumright

Merci ZEN pour cet article très intéressant... Chinois

La gravure sur le gousset UN est vraiment magnifique: ça classe sa pièce indiscutablement... thumright
Revenir en haut Aller en bas
plop
Passionné de référence
avatar

Nombre de messages : 3764
Date d'inscription : 06/03/2010

MessageSujet: Re: Profession chronométrier - Régleur de montres de concours.    Dim 13 Aoû - 9:54

Belle histoire que celle de la passion de la mécanique parfaite.
thumleft


Revenir en haut Aller en bas
ZEN
Rang: Administrateur
avatar

Nombre de messages : 49713
Date d'inscription : 05/05/2005

MessageSujet: Re: Profession chronométrier - Régleur de montres de concours.    Dim 13 Aoû - 12:11

Arnaud.A a écrit:
Comme d'habitude, c'est passionnant et très bien écrit ! Chinois
La dévotion des régleurs envers leurs machines et les moyens développés pour parvenir à ces résultats poussent au respect. C'était clairement autre chose, un autre temps, une autre époque, une autre horlogerie...
Je serais curieux de connaître un peu mieux l'histoire de la tentative de résurrection de ces concours il y a quelques années et les raisons réelles de son échec... Il me semble de Greubel Forsey avait brillé à cette occasion.


L'histoire de la résurrection ?   Le concours est né en partie sur FAM et c'est même Lundi qui en a dessiné le logo. Le château des Monts (musée du Locle) cherchait un thème pour célébrer ses 50 ans et la conservatrice d'alors trouva l'idée géniale. Elle s'investit énormément dans l'organisation du concours et je lui ai apporté mon soutien en contactant des marques pour les faire venir. Certaines vinrent "pour rendre service" mais firent l'effort malgré tout.

La conservatrice partie, telles les mouches sur le sucre, on a vu arriver des gens qui se sont appropriés le concours au point d'anéantir tout ce qui avait été fait. "Internet ?" Non, pas de leur génération. Un Français dans le système ? Non mais franchement ! Il y avait déjà les gens de l'Observatoire de Besançon. De déconvenues en déconvenues, le concours s'est transformé en évènement local alors qu'on l'avait imaginé international avec une communication dynamique.
Le responsable de "Watch Around" s'en est mêlé mais si cela flattait son ego, son audience qui s'effondrait déjà a conforté la fragilité de l'évènement quand il n'a rien trouvé de plus intelligent que de faire fuiter les résultats. La modernité de Watch Around a débouché sur la disparition du magazine pourtant qualitatif mais si mal porté.

Les marques venues à ma demande l'ont mal vécu, trahies par la diffusion d'informations qui les desservaient, un désastre. La suite fut à l'avenant, on me vira du comité d'organisation et le support internet fut Worldtempus. C'était comme si on allait chercher tous les supports en naufrage pour soutenir le projet. On avait prévu des choses avec des médias mais le pilotage du projet et de l'organisation du concours réfléchissait avec un décalage temporel qui nous faisait revenir aux années 60.
Le concours sombra dans le ridicule, des horlogers de haut niveau battus publiquement par des Tissot. Les organisateurs n'avaient même pas adapté les catégories. Un calibre à 60 CHF était comparé à des mouvements de haute horlogerie.  De quoi démotiver y compris JLC qui avait remporté le premier concours.

Il reste un champ de ruines ...

_________________
Contraria contrariis curantur. (Les contraires se guérissent par les contraires).
Revenir en haut Aller en bas
https://sites.google.com/site/hourconquest/
Arnaud.A
Membre référent
avatar

Nombre de messages : 8528
Localisation : Montpellier
Date d'inscription : 15/10/2012

MessageSujet: Re: Profession chronométrier - Régleur de montres de concours.    Dim 13 Aoû - 12:20

C'est vraiment triste que ça ait tourné ainsi... Shit
En tous cas, ces régleurs font partie de l'histoire des plus belles heures de l'horlogerie et cet article les met en valeur à la perfection !
Revenir en haut Aller en bas
Cedric92
Animateur Chevronné
avatar

Nombre de messages : 1305
Age : 42
Localisation : Île de France
Date d'inscription : 10/03/2014

MessageSujet: Re: Profession chronométrier - Régleur de montres de concours.    Dim 13 Aoû - 13:22

ZEN a écrit:
des horlogers de haut niveau battus publiquement par des Tissot. Les organisateurs n'avaient même pas adapté les catégories. Un calibre à 60 CHF était comparé à des mouvements de haute horlogerie.

En même temps c'est assez parlant Rolling Eyes si la "crème de la crème" est battue par des calibres industriels pas chers, c'est que la HH se résume à de la deco non ?
Revenir en haut Aller en bas
ZEN
Rang: Administrateur
avatar

Nombre de messages : 49713
Date d'inscription : 05/05/2005

MessageSujet: Re: Profession chronométrier - Régleur de montres de concours.    Dim 13 Aoû - 13:31

Non pas vraiment. Il faudrait voir sur la durée ce que ces calibres conservent en qualité et réglage. Après, oui, il faut s'interroger sur ce qu'est une montre. Un instrument de précision auquel cas une montre radiopilotée est encore plus précise puisqu'elle affiche l'heure de référence, ou une prouesse micro-mécanique avec ses défauts potentiels mais qui traduit le fourmillement créatif de l'horloger.

Moi, j'aime bien une montre avec un calibre où l'horloger a travaillé et qui avec un apport industriel limité donne la mesure du temps. SwatchGroup qui maîtrise fort bien l'outil industriel robotisé peut-il être comparé à un Journe ? Pas sûr... Je posais déjà cette question avant le concours.

_________________
Contraria contrariis curantur. (Les contraires se guérissent par les contraires).
Revenir en haut Aller en bas
https://sites.google.com/site/hourconquest/
ZEN
Rang: Administrateur
avatar

Nombre de messages : 49713
Date d'inscription : 05/05/2005

MessageSujet: Re: Profession chronométrier - Régleur de montres de concours.    Mar 15 Aoû - 18:32

L'observatoire de Neuchâtel


_________________
Contraria contrariis curantur. (Les contraires se guérissent par les contraires).
Revenir en haut Aller en bas
https://sites.google.com/site/hourconquest/
ZEN
Rang: Administrateur
avatar

Nombre de messages : 49713
Date d'inscription : 05/05/2005

MessageSujet: Re: Profession chronométrier - Régleur de montres de concours.    Mar 15 Aoû - 18:37

Un exemple de double prix de chronométrie dans 2 catégories (montres de bord et montres de poche) en 1924 et 1925

http://forumamontres.forumactif.com/t117586-l-histoire-folle-d-un-double-premier-prix-de-chronometrie-l-integrale

_________________
Contraria contrariis curantur. (Les contraires se guérissent par les contraires).
Revenir en haut Aller en bas
https://sites.google.com/site/hourconquest/
 
Profession chronométrier - Régleur de montres de concours.
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Le métier de chronométrier
» LA MARTINA montres de polo
» Montres militaires allemandes de la seconde guerre mondiale
» A quand une montre chronométrique française?
» étrier asymétrique ?

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
FORUMAMONTRES :: Forum général de discussions horlogères-
Sauter vers: