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 L'histoire d'Emma Voyageuse du temps. Comme le temps de Laon est court.

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ZEN
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Nombre de messages : 51356
Date d'inscription : 05/05/2005

MessageSujet: L'histoire d'Emma Voyageuse du temps. Comme le temps de Laon est court.    Mer 13 Juin 2018 - 19:00

A Emma qui ne m'entend pas,  


Emma, voyageuse du temps ...






Le Tramway "réanimateur" de la ville


La ville de Laon dans l'Aisne s'est construite sur et autour d'un plateau rocheux haut d'un peu moins de 200 mètres. Cette cité médiévale d'aujourd'hui environ 27 000 habitants connut au 19ème siècle un vrai problème physique qui asphyxiait le haut de la ville. Le problème simple à exposer fut complexe à résoudre. La ville s'est développée à partir de la cité dite haute autour de quartiers situés dans le bas de la ville qui ont tous connu un développement quasi autonome si bien que la ville se répartit ente le plateau, le quartier de la gare, celui de Vaux, celui d'Ardon au sud, celui de la cuve, etc … Autrefois peuplée de monastères essentiellement réputés pour la production d'un "immonde vin de messe" reconnu comme la pire piquette servie à l'Office, la ville se transforma à la fin du 17ème siècle pour y voir apparaitre des casernes et enfin à la fin du 19ème siècle s'y développer une activité économique commerciale.

Le handicap de la ville était alors l'accès au plateau décrit comme fastidieux et dangereux avec des voitures tirées par des chevaux. Ces voitures "peinaient dans la montée qui pouvait prendre plus d'une heure" et dévalaient en descente avec toutes les difficultés inhérentes au besoin de les freiner.

La mairie enregistre alors une multitude de plaintes accompagnées de détails exposant le temps nécessaire à la montée et les temps records et les dangers de la descente en gardant la stabilité des voitures".  Le 8 juillet 1899 est inauguré en grandes pompes à Laon, le tramway qui donnera à la ville une originalité particulière jusqu'au 27 janvier 1971 date de l'arrêt de son exploitation pour cause de vétusté.  

Le 9 juillet 1899, alors que toutes les têtes sont dans le développement des transports, de la science et de l'industrie qui vont avoir à Paris une exposition universelle "historique", le tramway de Laon est mis en exploitation et ouvert au public.


Le fruit d'une longue réflexion    

Le maire de Laon a en 1872, les yeux braqués sur la ville de Langres en Haute-Marne, cité configurée un peu comme celle de Laon avec sa citadelle tout aussi médiévale. Langres a poursuivi l'option d'un chemin de fer à crémaillère à la satisfaction du plus grand nombre. Paul Doumer, 1er adjoint du maire de Laon, celui-là même qui deviendra président de la République en 1931 avant d'être assassiné en 1932, prend à Laon les choses en main et fait le choix d'un chemin de fer à crémaillère pour la ville.



De nombreuses expérimentations de train sur rails tirés par des chevaux puis d'un train à crémaillère à vapeur n'ont à ce moment alors pas donné satisfaction et les temps mesurés ne sont pas assez performants pour réduire l'isolement du plateau. A 12 km/h, il faut 7 minutes sans surcharge pour remonter en ville haute. Mais la fiabilité n'est pas au rendez-vous et le système connait des pannes. Ces projets ne sont pas les seuls. on imagine des funiculaires, des ascenseurs mais c'est bien un train à crémaillère qui va remporter l'adhésion. la modernité est alors au rendez-vous et c'est une machine à propulsion électrique qui sera retenue. On monte alors sur le plateau de Laon en 9 minutes et on en redescend en 8. La crémaillère d'une longueur de 470 mètres est fondamentale pour sécuriser le fonctionnement autant en montée qu'en descente. Elle n'est utile que dans les zones où la déclinaison le justifie.





L'inauguration

Parmi les 450 personnes qui se précipitent pour prendre le tramway le 9 juillet 1899, la plupart ont en main un chronographe ou au moins une montre pour mesurer la performance de cette machine inhabituelle qui va assurer la liaison des quartiers de la gare, de Vaux et du plateau et rendre à la ville une unicité qui tendait à s'effacer. Dans l'unique voiture qui descend à 11 heures, il y a Emma avec son père. Emma a 10 ans tout juste et son père lui a prêté son chronographe en argent. Elle a pour mission de déclencher l'instrument au premier trémoussement de la voiture au départ et de l'arrêter quand le dernier soubresaut donne aux passagers le signal de l'arrivée. Emma est fascinée, elle a l'œil sur le chrono au départ mais en route, elle est épatée par le volant en laiton brillant que manipule le conducteur pour commander la machine. A genoux sur le banc à lamelles en bois vernies, elle regarde à travers la vitre qui isole le conducteur des passagers, le travail de celui-ci et oublie d'arrêter le chronographe lorsque la machine s'arrête. "Alors ?" lui demande son père. Elle rougit et les larmes aux yeux explique qu'elle a oublié d'arrêter l'instrument. Les passagers qui l'entendent sourient. Un vieux monsieur, chronographe à la main lui souffle "8 minutes et 17 secondes !" "J'ai mesuré 24 secondes dit un autre !" Tous ceux qui ont regardé leur montre sont à quelques secondes près d'accord pour s'accorder entre 8 minutes et 17 secondes et 8 minutes et 30 secondes. "Je suis sûr d'avoir raison ! dit le vieil homme qui a annoncé le premier les 8 minutes et 17 secondes. Mon chronographe est neuf ! C'est un Omega !" "Ma montre dit la même chose" renchérit un autre "et ma montre est aussi une Omega". La chose est entendue. Emma demande à son père s'il est d'accord. Il l'est de fait, il avait acheté ce chronographe la semaine passée et c'est lui aussi un Omega. Il faut dire que la marque est la mieux représentée en ville.





Ce 9 juillet 1899 marquera dans la mémoire d'Emma le souvenir de la découverte d'un mode de transport qu'elle connaitra toute sa vie durant et celui du début d'une passion pour les chronographes qu'elle utilisera en tant qu'institutrice quelques années plus tard pour faire faire aux enfants des activités cadencées par le temps.


La fin d'un temps

Emma est décédée quelques semaines avant l'arrêt du Tramway au moment où en 1971, la polémique voyait le jour entre les partisans de sa rénovation et ceux de son remplacement total. Les seconds ont eu raison des premiers et il reste exposé à Laon une voiture d'époque, l'une de celles empruntées par Emma sans doute des dizaines de fois. Après 1968, il arrivait lors de la descente que la crémaillère s'accroche mal et que la voiture incapable de freiner dévale la pente de manière peu contrôlée. Cela amusait les enfants mais Emma avec son chronographe avait bien remarqué que descendre en 5 minutes était loin d'être tout a fait sécurisant. Sans doute avait-elle en mémoire la petite fille à genoux sur la banquette quand elle voyait les gamins dans la même position s'amuser de la prise intempestive de vitesse et des gestes désespérés du conducteur pour tenter de faire en sorte que la machine accroche la crémaillère.





L'histoire de ce Tramway a fait partie intégrante de celle des habitants et touristes pendant ses 80 années d'exploitation. On ignore ce qu'est devenu le chronographe d'Emma tout comme celui du vieil homme, on est sur que ces pièces étaient des Omega car pour ce genre de pièce il n'exista sur place une concurrence sinon entre commerçants au moins entre marques qu'après 1910. L'histoire d'Emma et celle du Tramway de Laon nous ramène au temps qui passe, celui d'une vie dont le tramway fut la ponctuation. Les enfants d'Emma ont connu ce vieux tramway qu'ils ont emprunté jusqu'à leur 50 ans. Quant aux petits enfants d'Emma, le Tramway disparut pour l'anniversaire de leur 10 ans, l'âge d'Emma quand elle en fit la découverte. Ses arrières petits enfants n'en connaissent que les images mais la réflexion des quatre générations est la même sur le bonheur d'avoir vécu ce temps là. Il n'en reste que les Omega quelques part cachées au fond de tiroirs ou de collection auprès de leurs propriétaires qui n'imaginent certainement pas quels temps leurs montres ont mesuré.


Droits réservés - Forumamontres - Joel Duval -Juin 2018

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Dernière édition par ZEN le Jeu 14 Juin 2018 - 19:29, édité 1 fois
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GUY J
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MessageSujet: Re: L'histoire d'Emma Voyageuse du temps. Comme le temps de Laon est court.    Mer 13 Juin 2018 - 20:32

J’ai passé mon bac à Laon en 1987 et ai utilisé le « Poma » funiculaire qui relie la ville basse à la haute. 
Une très jolie ville qui fut la capitale de la France. 
Merci pour cet article Zen.
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niro02
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MessageSujet: Re: L'histoire d'Emma Voyageuse du temps. Comme le temps de Laon est court.    Mer 13 Juin 2018 - 23:36

Quel plaisir que l’on parle ici de ma ville, merci ZEN

Pour info, malheureusement, le poma faute de rentabilité et d’entretien financièrement exhorbitant s’est arrêté définitivement t’il y a une bonne année, laissant place à plus de bus! Une grande perte pour la ville
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