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Incroyable, mais peut-être vrai :
selon l'AFP (dépêche de Jérusalem), qui rapporte un article du quotidien israélien Haaretz,
la fameuse montre de Marie-Antoinette – la plus célèbre montre Breguet – serait de retour au musée d'Art islamique de Jérusalem, où elle avait été volée il y a près de vingt-cinq ans.
Ce n'est pas encore tout-à-fait officiel, mais le musée d'Art islamique de Jérusalem aurait remis la main sur une grande partie de la collection de montres qui lui avait été volée il y a près de vingt ans, en avril 1983.
Près de quarante montres d'une immense valeur avaient mystérieusement disparu, dont la "montre Marie-Antoinette" (une pièce unique en or et cristal de roche) et quelques autres Breguet, dont une pendule sympathique et une montre-pistolet.
Ces montres – sans rapport avec l'art islamique – avaient été léguées au musée par les héritiers de Sir David Salomon, qui avait été le premier maire juif de Londres (1855).
Les montres auraient été retrouvées cet été par un horloger de Tel-Aviv, qui les auraient achetées à un collectionneur britannique : beaucoup de mystères pour protéger l'identité des éventuels voleurs ou des receleurs...
Ces montres, restituées en vrac dans un papier journal, devraient être prochainement exposées par le musée, après restauration (certaines pièces serties auraient souffert).
On voit ci-contre la "Marie-Antoinette" dans la main d'un des conservateurs du musée...

La « montre Marie-Antoinette » signée Breguet est une des pièces les plus mystérieuses de toute l'histoire horlogère. Volée le 15 avril 1983 à Jérusalem, elle n’avait jamais été retrouvée. On ne possèdait plus d’elle qu’une médiocre photographie.

Même dans les archives Breguet, les mieux tenues qui soient, cette « montre Marie-Antoinette » faisait figure à part. Enregistrée sous le numéro 160, elle n’avait pas de lien authentifié avec la reine de France, qui ne l'a jamais eue en main et par qui elle n'avait pas été commandée.
Alors que Louis-Abraham Breguet et ses fils ont soigneusement noté le premier acheteur de chacune de leurs montres, la « montre Marie-Antoinette » – qui n’est donc pas la « montre de Marie-Antoinette » – apparaît comme ayant été commandée à Breguet en 1783, par un énigmatique officier des Gardes de la Reine.
Selon la tradition, il s’agissait d’offrir à la souveraine la montre la plus compliquée de l’époque. Les historiens trouvent cette commande un peu romanesque : n’importe quel officier, fût-il immensément riche et amoureux comme le veut la légende, n’offrait pas un cadeau d’une telle valeur à la reine de France ! Il est en revanche fort possible que cette commande ait été faite, en toute discrétion, par un prête-nom de Marie-Antoinette. La reine aurait souhaité offrir cette pièce exceptionnelle au roi Louis XVI, qui était un vrai passionné de montres.
La simple description technique de cette Breguet n° 160 résume l’art horloger de la fin du XVIIIe siècle. Dans un boîtier en or et derrière un cadran en cristal de roche, on trouvait une montre perpétuelle (automatique) à répétition minutes, avec un calendrier perpétuel complet, une équation du temps (lever et coucher vrais du soleil), une réserve de marche et un thermomètre métallique.
La montre était munie
d’une grande seconde indépendante (sorte de chronographe) et d’une petite seconde « trotteuse », le tout avec un échappement à ancre et un double pare-chute (dispositif anti-choc), en plus d’un empierrage en saphirs…
Fidèle à une certaine tradition suisse, Abraham-Louis Breguet a pris son temps pour livrer cette montre, loin d’être achevée à la Révolution française. Dans la tourmente, la n° 160 reste sur son établi, mais la reine Marie-Antoinette est conduite à l’échafaud en 1793. Achevée sous l’Empire, sans doute vers 1802 (dix-neuf ans après la commande), la montre n’apparaît dans les registres de Breguet qu’en 1838, quand un certain marquis de la Groye la dépose pour une révision !
Nouveau mystère : il ne reviendra jamais chercher sa n° 160, qui reste en possession des Breguet jusqu’à ce qu’elle soit revendue avant d’entrer dans la collection de sir David Salomon. Ses héritiers la légueront à une fondation qui l’exposera à Jérusalem jusqu’en 1983…
Dernière ombre sur cette montre, héroïne du livre
Les Complications, d’Allen Kurzweill : quoiqu’elle ait été considérée comme un chef-d’œuvre absolue, la n° 160 n’a guère été étudiée jusqu’à ce que Nicolas Hayek, devenu président de Breguet lors du rachat de la marque par le Swatch Group, décide de s’y intéresser, puis de la rééditer.
Cette réédition devait être une des montres vedettes des salons
horlogers 2008. La redécouverte de la pièce originale devrait doper la
curiosité médiatique pour cette "Marie-Antoinette".
Pour Nicolas Hayek, qui avait entrepris de reconstruire cette montre ultra-compliquée, mais sans posséder les schémas techniques, la rédécouverte de la pièce originale est à la fois un aubaine horlogère et un fantastique coup de pub.
• Aubaine, parce que les horlogers de Breguet vont pouvoir valider leurs choix de reconstruction, et éventuellement les modifier, avec la "montre Marie-Antoinette" en main : ce sera plus facile.
• Coup de pub, parce que tout le monde va maintenant parler de cette montre, qui est aussi la plus romanesque de toute la légende horlogère.
• On peut aussi se demander si la prime d'un million de dollars offerte par Nicolas Hayek à qui donnerait des informations sur cette montre n'a pas incité les voleurs ou les receleurs à tenter une négociation : le retour de la pièce sous les projecteurs de l'actualité colle assez bien, en effet, avec le propre calendrier horloger de Breguet...
Pour les passionnés de montres, c'est en tout cas une sorte de cadeau de Noël en novembre !
L'article de Haaretz sur cette rocambolesque redécouverte :
http://www.haaretz.com/hasen/spages/922554.html
La chronique sur
Business Montres :
http://www.businessmontres.com/breve_338.htm
L'histoire d'amour entre Nicolas Hayek et Marie-Antoinette (ce n'est pas que du marketing) :
Tout vient d’une tempête qui ravage le parc de Versailles, en février 2005. Epuisé par la canicule de 2003, le « chêne de Marie-Antoinette » s’effondre dans la bourrasque. Selon la légende, il avait été planté par la reine au Petit-Trianon. Nicolas Hayek est un des amoureux secrets de la reine martyre. Il demande à récupérer quelques branches de l’arbre pour en faire des écrins. Au fil de la discussion, l’Etat français lui offrira quelques stères de ce chêne royal, mais Breguet deviendra le grand mécène du nouveau domaine de Marie-Antoinette à Versailles !
Dès lors, Nicolas Hayek veut ressusciter la « montre Marie-Antoinette ». Un vrai casse-tête pour les maîtres-horlogers de Breguet, qui créent une équipe spécialement dédiée à cette restauration. Tout est à réinventer. Même les dimensions de la montre sont sujettes à caution : il s’agit d’une grosse montre de poche, de 60 mm de diamètre, qu’une femme aurait bien été incapable de porter avec élégance, ce qui tendrait à confirmer la destination royale du cadeau.
A partir d’une simple descriptif technique réalisé dans les années trente, il faut ensuite imaginer ce que Abraham-Louis Breguet lui-même aurait imaginé face à ce défi micro-mécanique. Poser ses pas dans les siens. Regarder avec ses yeux et dessiner avec ses mains. Tout est à repenser : l’architecture interne de la montre, le calcul de sa distribution d’énergie, l’ordonnancement de ses rouages, l’imbrication de ses complications. Seul guide : les connaissances que nous avons des inventions et des méthodes de travail de Breguet.
Les difficultés horlogères sont innombrables. Si les machines à commande numériques permettent de travailler plus vite que Breguet, les contraintes esthétiques – notamment les ponts et le cadran en cristal de roche – posent des problèmes de fiabilité quasi-insurmontables. En travaillant « à la Breguet », l’équipe des « Marie-Antoinette » va trouver des astuces techniques qui seront brevetées et qu’on retrouvera dans des Breguet contemporaines. Les études de résistance des matériaux serviront à d’autres montres. Le passé est venu enrichir l’avenir.
De tâtonnement horloger en intuition historique, les maîtres-horlogers de L’Orient (vallée de Joux) finissent par mettre au point un mouvement qui intègre toutes les complications consignées dans la commande royale. La nouvelle n° 160 devrait être présentée au salon de Bâle 2008 : la série sera seulement limitée par la très faible capacité de production d’une pièce aussi complexe (quelques montres par an).
Ce ne sera pas la montre la plus compliquée de ce temps (on a, depuis, fait beaucoup plus complexe, notamment dans les montres-bracelets), mais cette « montre Marie-Antoinette » sera sans doute la plus chargée de légendes de tout le paysage horloger....