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 Récit: IWC Epopée d'une manufacture suisse inspirée par l'horlogerie américaine

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ZEN
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MessageSujet: Récit: IWC Epopée d'une manufacture suisse inspirée par l'horlogerie américaine    Récit: IWC Epopée d'une manufacture suisse inspirée par l'horlogerie américaine  EmptyMer 8 Avr - 12:26

IWC pour International Watch Company …

Une maison chargée d'histoire.

Récit: IWC Epopée d'une manufacture suisse inspirée par l'horlogerie américaine  Iwc_pu10


Le départ de Suisse pour gagner l’Amérique afin d’y fabriquer des montres ne fut pas exceptionnel au 19ième siècle de la part d’horlogers qui voulaient faire reconnaître outre Atlantique leur talent plus vite que ne leur permettait l’industrie horlogère helvétique. Par contre, des horlogers américains qui quittent les Etats-Unis pour venir s’installer en Suisse est beaucoup plus rare sans doute parce que la Suisse ne manquait pas de talents créatifs en ce domaine et que le foisonnement de manufactures horlogères et de marques ouvrait peu de perspectives favorables à la création de firmes nouvelles qui plus est, pilotées par des « étrangers ». Malgré tout, le rêve horloger suisse hante quelques américains qui voient dans les montres suisses des pièces moins "visuelles" et plus qualitatives sur un plan technique. La fabrication moins industrielle et toujours fondée sur l'intervention humaine se démarque des fabrications déjà très industrialisées installées aux Etats-Unis.    

Florentine Ariosto Jones – Un pionnier américain à la conquête de la Suisse  

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Florentine Ariosto Jones (1841-1916), un horloger de Boston, Massachusetts, fondateur de International Watch Company à Schaffhausen.


Le jeune ingénieur et horloger américain Florentine Ariosto Jones n’a que 27 ans lorsqu’il devient, aux Etats-Unis, directeur adjoint de la firme E. Howard Watch and Clock Co. à Boston dans le Massachusetts. A l’époque, en 1868, Howard est l’une des plus grandes firmes horlogères américaines. Les manufactures d’outre Atlantique rivalisent de créativité et d’inventivité pour atteindre la précision ultime de leurs montres. Howard joue à jeu égal avec l’American Watch C° fondée en 1850 (Waltham) ou encore la NWC National Watch Compagny qui deviendra Elgin.


Récit: IWC Epopée d'une manufacture suisse inspirée par l'horlogerie américaine  C1920_10


Alors que les manufactures américaines visent une production exclusive sur le sol américain, c’est vers la Suisse que se tourne le jeune ingénieur pour développer son talent. Florentine Ariosto Jones a remarqué la qualité de la production suisse exportée vers les Etats-Unis et pense que la main d’œuvre helvète meilleur marché que ce qui se pratique en Amérique peut lui apporter une qualité artisanale qu’il veut conjuguer avec une organisation industrielle de la production telle que mise en œuvre sur le territoire nord-américain. L'idée de Jones est ainsi de jouer sur les deux tableaux et de cumuler les atouts de l'horlogerie suisse auxquels il va appliquer les méthodes de fabrication américaines. Le pari est audacieux d'autant plus que Jones ignore tout de la culture suisse et de la civilisation européenne.  


Récit: IWC Epopée d'une manufacture suisse inspirée par l'horlogerie américaine  Iwc-sc10



Son projet est ambitieux et lorsqu’il le présente à Genève, il se voit opposer une culture du travail qui lui est étrangère. Il voit se dresser devant lui un mur d'incompréhension. Les Américains travaillent l’horlogerie sur d’immenses sites industriels vers lesquels les ouvriers qui habitent à proximité se déplacent quotidiennement alors qu’en Suisse la tradition du travail à domicile est encore très ancrée dans les modes de fabrication. Les quelques manufactures horlogères suisses existantes peinent à concentrer sur un même lieu toute leur production et Jones va être déçu de cet accueil. Pour autant, très pugnace, il ne renonce nullement à son projet qui vise essentiellement à produire pour le marché américain des montres de « qualité suisse » haut de gamme.

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Le rêve de Jones va, malgré toute l'opposition qu'il affronte, se concrétiser après la rencontre avec un industriel, Heinrich Moser implanté à Schaffhausen et qui est prêt à ses côtés à investir dans la création d’une manufacture moderne à l’image de ce qu’il a déjà vu notamment dans le canton de Neuchâtel. Ainsi va naître la manufacture International Watch Company dont le nom anglophone est avant tout lié au marché auquel les pièces seront destinées. Ce nom de baptême vient en écho à l’American Watch Company qui connaît un énorme succès tant industriel que commercial aux Etats-Unis.

 
Montres américaines faites en Suisse ou Montres suisses faites par un Américain ?

L’architecture des premiers mouvements renferme déjà tout le savoir-faire de Jones et les pièces sont exportées majoritairement dans leurs différentes variantes de qualité vers les Etats-Unis. Peu de pièces sont distribuées en Europe. La production est d’un volume modeste. On estime à environ 26 000 pièces, la fabrication de mouvements dits « Jones » entre 1872 et 1876. En 1880, l’industriel schaffhousois Johannes Rauschenbach-Vogel (1815-1881) fait l’acquisition d’IWC. Son fils Johannes Rauschenbach-Schenk lui succède l’année suivante.

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Il faut attendre 1888 pour que soit introduit un calibre plus abouti qui va constituer un véritable fer de lance pour la manufacture. Ce mouvement qui évoluera vers le calibre identifié sous la référence 52 à partir de 1893 en version Lépine, puis 53 en version savonnette va connaître une « vie commerciale » qui le portera jusque dans les années 1940 ! Plus de 300 000 pièces seront ainsi fabriquées par IWC, ce qui fera du mouvement 52, le plus répandu dans les montres de poche. D’une redoutable précision, il fut décliné dans des versions de 15 ou 16 rubis essentiellement. Le calibre 52 est à l’origine un mouvement de 19 lignes soit 43,15 mm, haut de 5,2, 6 ou 6,5 mm, doté d’une platine ¾ avec des rubis sur chatons vissés ou plus tardivement des rubis directement enchassés dans les ponts et platines. Sa raquette peut être dotée d’un col de cygne plus ou moins sophistiqué ou se présenter sans col de cygne. Son spiral de type Breguet et son balancier bimétallique à vis de compensation sont des gages de sa précision.

Un an après la présentation de son calibre 52, IWC propose en 1889, un calibre baptisé 56 en version savonnette puis 57 et 58 en versions Lépine à partir de 1890. De mêmes tailles que les 52, ces mouvements sont surnommés les « calibres américains ». Leur coût de fabrication est inférieur au calibre 52 sans doute grâce à une interchangeabilité des pièces plus poussée. De son aînée, cette nouvelle famille de références de mouvement a conservé le spiral Breguet et les systèmes de réglage. Leur production cessa en 1931 alors que près de 120 000 mouvements 57 furent fabriqués depuis 1890 et un peu plus de 19 000 pièces de la version 58.
C’est avec ces mouvements qu’IWC a abordé le 20ème siècle sous le signe d’une précision chronométrique dans une concurrence acharnée tant avec les autres manufactures suisses que Jones était venu affronter sur leur propre terrain, qu’avec les firmes américaines qui se partageaient le marché d’Amérique du Nord.

IWC fut en 1899, l’une des premières manufactures à présenter des montres bracelet. La firme restera une référence en matière d’innovations technologiques.
Bien d’autres familles de mouvements suivront celle des « 50 », toujours avec des qualités fondées sur la précision et la fiabilité mais ces mouvements 52 et 57 sont représentatifs de l’aboutissement du savoir-faire de Florentine Ariosto Jones et du rêve qu’il portait en arrivant d’Amérique, de fabriquer en Suisse des mouvements de très haute qualité, capables de rivaliser avec les meilleurs calibres tant suisses qu’américains.

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James Pellaton l'un des grands ingénieurs d'IWC concepteur de calibres vers 1954



Si la notion d'héritage en matière d'horlogerie a du sens, c'est sans nul doute dans ces générations de calibres qui ont éclairé le début du 20ième siècle. On pourrait passer des heures à les regarder tant ils sont dans les détails des nids d'innovations et d'astuces pour être fiables et précis. La plupart étaient servis avec des bulletins de marche, l'équivalent des chronomètres d'aujourd'hui mais avec des conditions de production qui étaient celles de l'époque.


Ce mouvement par exemple date de 1910, il fut emboité un peu plus tard pour une sortie en montre vers 1920, cet écart est somme toute assez courant. La boite est faite de cet argent "chaud" presque pur à 900 millièmes d'argent. IWC tenait déjà ce design très plat, chargé de modernité, son fond guilloché a été préservé de l'usure. Les montres IWC sont intéressantes au moins pour les 3 premières générations de mouvements anciens et en particulier ceux des séries "50" car leur esprit fusionne le meilleur de l'horlogerie américaine et l'excellence du savoir faire suisse.

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La magie des calibres IWC, au moins des deux ou trois dynasties des premiers mouvements, c'est qu'ils combinent le meilleur des calibres américains et le meilleur des mouvements suisses. Une sorte de symbiose qu'il faut savoir regarder.

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La raquette sur le pont de balancier fleure bon la perfection, celle de l'accès au réglage fin et celle de la solidité. IWC a réalisé plusieurs types de raquettes, des plus simples aux plus élaborées mais avec une efficacité certaine. Pas de raquetterie spectaculaire, cela fait une vraie différence avec les montres américaines …

Quelques mouvements ...


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Le calibre 52 IWC

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Le calibre 57 IWC

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Calibre 74 IWC

Un mouvement américain Howard de la fin du 19ième siècle, une sorte de cousin éloigné issu d'une conception de l'horlogerie qui n'était pas si éloignée de la vision suisse...

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Il faut pour bien comprendre d'où vient IWC se pencher autant sur l'histoire de l'horlogerie américaine que sur celle de l'horlogerie suisse et appréhender combien Jones ne fut pas forcément le bienvenu lors de son arrivée en Suisse. Il est vrai qu'il y est arrivé alors que les deux industries suisse et américaine s'opposaient par de violents communiqués de presse et à coup d'articles hostiles de part et d'autre de l'Atlantique. Les Suisses accusaient, par exemple, les Américains de parquer et d'entasser les ouvriers dans des locaux immondes pour qu'ils soient sur place à disposition des manufactures qui les sous-payaient. De leur coté les Américains accusaient les Suisses de faire fabriquer les montres par des ouvriers agricoles incompétents et non formés, à domicile dans des conditions qui ne profitaient qu'aux employeurs. Il y avait du vrai des deux côtés. L'hostilité des Suisses est autant adressée à l'Américain qu'au concurrent perçu comme quelqu'un qui va imposer de nouvelles normes de travail et par là-même contraindre toute l'industrie à investir dans des outils de travail dont elle n'a pas encore les moyens.

Toute la force de Jones fut de convaincre et de pousser son idéal jusqu'au bout, jusqu'à la réalisation de montres performantes, suisses et un peu américaines pour le meilleur de ce que l'horlogerie pouvait offrir.      


Droits Réservés - Joël Duval - Forumamontres - Décembre 2019/ Avril 2020  

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