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 De la consanguinité des patrons de firmes horlogères

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ZEN
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Nombre de messages : 49568
Date d'inscription : 05/05/2005

MessageSujet: De la consanguinité des patrons de firmes horlogères    5/7/2017, 11:09

L'Uniforme de CEO

C'est un détail mais il compte. Ils sont tous habillés de la même manière, c'est la tendance qui veut cela parait-il. Costume noir, chemise blanche (on autorise la non cravate en été), chaussures à lacets noires pointues, barbe de trois jours mais pas plus, sourire convenu et poignet dégagé en avant... Voilà pour le tableau .

Les interviews :

En général c'est le marketing ou l'attachée de presse qui répond et fait valider l'interview. Comme les CEO sont en général assez ignorants de la technique, ils ont un discours convenu, simplificateur et assuré de faire le meilleur. En d'autres termes, il faut dire avec des mots simples et sans dépasser quelques lignes que le produit est "Manufacture" "innovant" et "conforme à l'ADN (le terme est important) de la maison. Il faut ensuite en faire des tonnes sur les évènements, aussi insignifiants fussent-ils, que la marque a financés à grands frais. Il s'agit d'amortir un peu les dépenses. Le partenariat avec telle ou telle personnalité people est aussi de mise sur le registre, nous nous sommes toujours aimés et notre relation est une évidence.

La gestion de la boutique :


Là, on entre dans le dur. C'est que nos CEO ne sont pas toujours des gestionnaires. Ecole de commerce ou pas, expérience dans les parfums, les stylos ou la lessive auparavant ne signent pas une compétence en territoire horloger. Les CEO ne comprennent pas toujours les produits. On leur fixe des objectifs qui leur font regarder avec un strabisme convergent les résultats et rien que les résultats. Réduire les charges de personnel, virer les non productifs, réduire les coûts de fabrication, optimiser les dépenses de communication, aller réveiller ces cons délégués sur les marchés asiatiques qui ne vendent plus rien, aller se montrer à Hollywood, faire plaisir à l'actionnaire en lui servant un dividende confortable, être présent sur le net, réduire la voilure dans la presse magazine en perte de vitesse, s'afficher dans les aéroports internationaux, couver les influenceurs journalistes et blogueurs... Le CEO doit être partout. Il lui faut aussi valider les collections.  Là, tout est fait à l'instinct. Pas une étude de marché n'existe mais dans une gestion au fil de l'eau, la forme de la boite, la couleur du cadran, la forme des aiguilles ou le nom du modèle vont être le fruit d'interminables palabres autour d'une table avec le responsable de Prod, le marketing et la communication. Un banc d'expert ou plutôt un banc d'espoir car ce cercle fermé qui vit en autarcie formule des avis inspirés davantage par le bon sens paysan que par une expérience avérée des marchés.

Au bout du chemin, il y aura l'immobilisme des collections qui bougent très peu. On le justifiera par des évolutions par "petites touches". Avec une telle formule, on ne change rien ...

Le CEO est une espèce protégée.

Les CEO sont des marchands forains, des itinérants de la vente, des esclaves des actionnaires au-dessus de la tête desquels le conseil d'administration tient une épée de Damoclès. C'est que le CEO est interchangeable, virable sans ménagement "Rendez-vous compte avec des salaires pareils". Porté aux nues s'il verse des dividendes, il sera cloué au pilori s'il flirte avec le déficit.

Combien de CEO sont partis développer des projets personnels ? Combien sont encore payés grâce à des contrats blindés par le groupe qui les avait placés en qualité de CEO et les a débarqués avant la fin du contrat ?  Car oui, une maison préfère payer un ex-CEO à ne rien faire plutôt qu'avoir un procès ou avoir le personnage dans les jambes. On ne recycle pas, on jette mais par contrat et comme il a son salaire, l'ex-CEO soumis à une clause de non concurrence ou simplement protégé par son contrat peut vivre tranquille pendant parfois des années. Un salaire lui reste versé malgré son inaction.

Marche ou Crève

Le CEO doit ignorer la famille, le repos, les dimanches, il est corvéable à merci. Qu'il ne se plaigne pas, il est bien payé lui répondra-t-on.  Il se doit d'aller sur tous les évènements portés ou sponsorisés par la marque, s'émerveiller sur des choses auxquelles il ne croit pas toujours, taper sur l'épaule des blogueurs, expliquer aux journalistes qu'il est leur ami ... Il sera la cible de tous si une montre déplait et seule la marque sera mise en valeur si c'est une réussite. Il faut savoir tenir la flûte de champagne. Il faut aussi regarder le cimetière des CEO virés, lynchés par la meute du web, lessivés, éreintés et mis sur la touche brutalement. Richemont a prouvé son savoir faire à cet égard mais Thierry Nataf se souvient de la séparation d'avec LVMH. Ce n'est pas mieux ailleurs et les Chinois ne ménagent pas non plus leurs managers.

Un milieu difficile

Le milieu de l'horlogerie est difficile, dur, sans concession pour un manager du rang des CEO. "C'est un défi mental et physique" me confiait il y a quelques mois l'ancien CEO d'une grande marque. "On doit rendre des comptes mais on nous laisse nous démerder quand on aurait besoin d'avoir des orientations qui permettraient de prendre quelques risques", "J'ai du tenter de jouer sur les quantités fabriquées en réduisant les coûts mais on m'a reproché de réduire les marges alors qu'au final je gagnais plus...La stratégie du groupe n'est pas toujours facile à lire". Avec tout ça, il faut manager, motiver les équipes, gueuler quand l'effort se relâche et encourager quand ça tourne. Il faut être physiquement présent partout plusieurs fois par an car tout le monde doit avoir l'impression d'être au centre des préoccupations. On peut y laisser sa santé. Le groupe employeur s'en fout, ce qui compte c'est le résultat.    

D'un groupe à l'autre, d'une maison à l'autre tout est quasiment identique. Les mêmes responsables de presse et de communication sont aussi largués, les responsables de produits aussi tatillons et craintifs et les personnels terrorisés par l'idée de se faire virer au moindre propos critique. C'est qu'au fin fond des ateliers, on n'a aucun droit à la parole. La conversation peut être privée, porter sur un anniversaire, le temps, la beauté de la verdure mais attention, la critique du produit conduit à la porte. La suspicion en trahison est pesante. La délation n'est pas chose aussi rare qu'on l'imagine.  
C'est une horlogère qui aura ici le dernier mot : " C'est partout pareil".

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Daniel.Lohill
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MessageSujet: Re: De la consanguinité des patrons de firmes horlogères    5/7/2017, 11:47

Le constat est malheureusement le même un peu partout.

Le CEO joue le rôle de tampon avec les actionnaires. Le fait est qu'aujourd'hui, le propre de l'humain (enfin la majorité) est de penser à son intérêt propre (et immédiat).

La majorité du temps, les CEO ont un objectif à court terme, donc le plus simple est de tailler dans les coûts plutôt que d'investir sur de la recherche pas exemple.

C'est triste, mais c'est notre modèle qui est comme ça.
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MessageSujet: Re: De la consanguinité des patrons de firmes horlogères    7/7/2017, 13:20

Billet intéressant !


ZEN a écrit:
L'Uniforme de CEO

C'est un détail mais il compte. Ils sont tous habillés de la même manière, c'est la tendance qui veut cela parait-il. Costume noir, chemise blanche (on autorise la non cravate en été), chaussures à lacets noires pointues, barbe de trois jours mais pas plus, sourire convenu et poignet dégagé en avant... Voilà pour le tableau .

L'apparence en dit long et notamment sur l'esprit "pas une tête qui dépasse" qui règne dans beaucoup de grandes entreprises... voir même chez les entreprises de taille moyenne. Au moins, s'il y a de la reconversion professionnelle, le métier - honorable - de serveur permettra de recycler les costumes noirs et les chemises blanches.


ZEN a écrit:
Les interviews :

...Comme les CEO sont en général assez ignorants de la technique...

C'est peut-être l'aspect le plus effrayant. Je ne comprends pas comment peut-on arriver à un degré de responsabilité aussi élevé sans connaître ses produits - vous me direz qu'en France par exemple les énarques arrivent souvent à un très haut degré de responsabilités sans connaître quoi que ce soit hormis l'entre-soi et les relations qui ont plus trait à l'homogamie (NB : se marier dans un même groupe) qu'à la compétence (même s'il existe quelques exceptions).

Je ne pense pas qu'il soit impératif d'être ingénieur diplômé en mécanique pour diriger une entreprise qui vend des produits techniques mais un minimum (et plutôt un "grand" minimum) est requis. Parce qu'il est vrai que lire à longueur de communiqués le même blabla, cela communique plus du pipotron qu'une vision claire.


ZEN a écrit:
La gestion de la boutique :

...Le CEO doit être partout. Il lui faut aussi valider les collections.  Là, tout est fait à l'instinct. Pas une étude de marché n'existe mais dans une gestion au fil de l'eau, la forme de la boite, la couleur du cadran, la forme des aiguilles ou le nom du modèle vont être le fruit d'interminables palabres autour d'une table avec le responsable de Prod, le marketing et la communication. Un banc d'expert ou plutôt un banc d'espoir car ce cercle fermé qui vit en autarcie formule des avis inspirés davantage par le bon sens paysan que par une expérience avérée des marchés...

Cela ressemble à beaucoup de réunions  Mr. Green J'exagère, dans d'autres secteurs, sans étude au préalable, pas de validation en comités de projet. Par contre, le conformisme est également de mise au niveau du résultat. A moins d'avoir d'authentiques passionnés dotés d'une vision partagée pour faire évoluer une collection, sans aller non plus dans des délires créatifs, il est difficile de faire évoluer une marque en dehors de sa zone de confort.


ZEN a écrit:
Le CEO est une espèce protégée.

Les CEO sont des marchands forains, des itinérants de la vente, des esclaves des actionnaires au-dessus de la tête desquels le conseil d'administration tient une épée de Damoclès. C'est que le CEO est interchangeable, virable sans ménagement "Rendez-vous compte avec des salaires pareils". Porté aux nues s'il verse des dividendes, il sera cloué au pilori s'il flirte avec le déficit.

C'est le fameux renversement qui s'est opéré depuis une vingtaine d'années avec une véritable prise de pouvoir des actionnaires sur les managers et la prédominance de la recherche du retour sur investissement à court terme (et le fameux objectif de la croissance des résultats à 2 chiffres, objectif quasiment impossible dans la plupart des secteurs sans recourir à des expédients dangereux pour la croissance à long terme de l'entreprise). Les managers font payer leur perte de pouvoir en sécurisant leur avenir avec un golden parachute. C'est également un peu un chantage fait aux actionnaires : le PDG dispose d'informations stratégiques sur l'entreprise et évidemment les actionnaires préféreront payer le silence du manager démis de ses fonctions... Ce qui est une situation très confortable par rapport aux autres salariés qui peuvent se retrouver sur le carreau sans bénéficier d'autres véritables parachutes que ceux qui sont assurés par les organismes publiques...


ZEN a écrit:
Marche ou Crève

...Il faut savoir tenir la flûte de champagne...

Attention, il s'agit d'une vraie compétence difficile à maîtriser !  Mr. Green Le devoir de représentation est certainement celui qui doit être le plus pénible. Un minimum est exigé certes mais le PDG n'a pas à être un porte-parole d'abord et un manager ensuite. Dans l'idéal, cela devrait être l'inverse.


ZEN a écrit:
Un milieu difficile

Le milieu de l'horlogerie est difficile, dur, sans concession pour un manager du rang des CEO. "C'est un défi mental et physique" me confiait il y a quelques mois l'ancien CEO d'une grande marque.

Je le crois parfaitement. J'ai vu un grand patron et véritable drogué du travail (mais avec une excellente vision pour l'entreprise) prendre sa retraite de manière prématurée, il s'était fait débarquer habilement par son dauphin qui a pu retourner les actionnaires. Le plus difficile, c'est le retour à une vie normale, passer du 12-13h non-stop à serrer des mains, participer à des comités/réunions/assemblées, prendre des décisions, signer de la paperasse, contrôler ses barons, éviter les coups de poignards dans le dos, rendre des comptes à des actionnaires qui veulent faire sortir du cash pour aller dans leur popoche même si cela implique de vider les réserves de l'entreprise (et l'exposer à un retournement de situation sans avoir les munitions pour y faire face) et sous-investir (très mauvais pour la croissance à long terme de l'entreprise)... à une vie normale où le téléphone ne sonne même plus.  Ils ne sont pas à plaindre dira-t-on mais moi je trouve que c'est souvent un boulot ingrat, infect et dangereux pour la santé et celle de ses proches.

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MessageSujet: Re: De la consanguinité des patrons de firmes horlogères    7/7/2017, 15:28

C'est plutôt l'armée des clones...

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MessageSujet: Re: De la consanguinité des patrons de firmes horlogères    9/7/2017, 19:23

ZEN a écrit:
L'Uniforme de CEO

Un banc d'expert ou plutôt un banc d'espoir car ce cercle fermé qui vit en autarcie formule des avis inspirés davantage par le bon sens paysan que par une expérience avérée des marchés.

Au bout du chemin, il y aura l'immobilisme des collections qui bougent très peu. On le justifiera par des évolutions par "petites touches". Avec une telle formule, on ne change rien ...
.

Zen a bien raison.N'oublions pas qu'avant Copernic et Gallilé; le "bon sens paysan" était d'affirmer que la terre était plate. Une expérience avéré ou simplement oser se poser des questions, avoir une approche scientifique... permet d'éviter bien des erreurs.
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