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 Suspendre le temps de son garde-temps, un art, une poésie dédié au temps...

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boizu73
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boizu73


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Suspendre le temps de son garde-temps, un art, une poésie dédié au temps...  Empty
MessageSujet: Suspendre le temps de son garde-temps, un art, une poésie dédié au temps...    Suspendre le temps de son garde-temps, un art, une poésie dédié au temps...  EmptyDim 17 Avr - 15:57

Isabelle Cerboneschi - Le Temps – Mercredi 23 mars 2011

Citation :
Quelques semaines avant l’ouverture du salon mondial de l’horlogerie de Bâle, on découvrait trois montres aux fonctions bien étranges: les heures qu’elles indiquent varient. Certaines font mine de s’écouler plus lentement, d’autres de passer plus vite, elles acceptent même de se laisser suspendre. Ces curieuses machines donnent l’illusion que l’on est devenu le maître du temps. Un temps taillé sur mesure, qui passe si on veut, quand on veut.

Les Japonais ont un nom pour cette mélancolie douce liée à l’éphémère. Celle qui s’empare de nous lorsque l’on prend conscience du caractère inexorable du temps qui s’écoule: «Mono no aware».
Encore faut-il avoir le temps de le regarder s’écouler…

Depuis que l’on a accepté de vivre sous le joug de l’immédiateté, via nos smartphones et nos ordinateurs, on se surprend à rêver de ralentir, de suspendre le cours des heures, comme s’il s’agissait de reconquérir un bastion de liberté. Certaines maisons ont pressenti qu’une époque propice aux illusions perdues pouvait générer des besoins irrationnels de ce genre. Puisque le temps était devenu une denrée rare, donc convoitée, pourquoi ne pas inventer une montre qui incarnerait le sentiment de sa relativité? Un objet qui aurait l’obligeance de faire croire à son propriétaire que les heures pouvaient être ralenties, accélérées, voire même être mises de côté, sur simple demande.

La première à y avoir songé est la maison Hermès. En 2008, elle s’était risquée à présenter une montre insolite baptisée les Grandes Heures, dont certaines heures s’écoulaient visuellement plus lentement que d’autres. Pour transmettre cette impression, les index avaient été répartis de manière asymétrique sur le cadran, avec un écart plus grand entre telle et telle heure. Au cœur de cette montre, un mouvement ETA avec un module additionnel mis au point par l’ex-société BNB ¬Concept SA, devenue depuis une filiale de Hublot, permettait de faire avancer l’aiguille des heures à une vitesse variable. Le propriétaire de l’objet pouvait ainsi choisir, selon son mode de vie, quels moments il rêvait de faire durer et ceux qu’il souhaitait expédier.

En 2011, Hermès relance un nouveau modèle des Grandes Heures, revu et corrigé, avec un boîtier plus fin de 1,5 mm et un module entièrement repensé par Dubois Dépraz SA. Cette montre indique «le temps de l’imaginaire», comme aime à le qualifier Luc Perramond, directeur général de La Montre Hermès. «La technologie horlogère doit transmettre la dimension poétique de la maison. Si nous choisissons de faire des complications, elles doivent être non conventionnelles: personne ne nous attend sur le terrain du quantième perpétuel», souligne-t-il.

Dans la course au temps qui passe autrement, l’outsider s’appelle Hublot. Avec sa montre baptisée La Clef du Temps, qui sera révélée au Salon mondial de l’horlogerie de Bâle, la société, propriété du groupe LVMH, offre une alternative. La voie est sensiblement la même que celle choisie par Hermès: moduler en apparence la vitesse du temps qui passe. A cette différence près: avec le modèle Grandes Heures, on est dépendant de cadrans aux variations horaires prédéfinies tandis qu’avec La Clef du Temps, on peut modifier sur commande la vitesse d’écoulement de n’importe quelle heure. Il suffit d’actionner un levier positionné à 9 h qui offre le choix entre trois positions: la première fait ralentir les aiguilles et une heure s’écoule sur l’espace habituellement dévolu à un quart d’heure, la deuxième indique l’heure conventionnelle et la troisième position l’accélère, un quart d’heure s’affichant comme s’il s’était écoulé une heure. Ce modèle est également doté d’un tourbillon, presque un accessoire sur une telle conversation pièce.

Hormis le fait que l’ex-société BNB Concept, qui avait conçu le premier module Hermès, soit désormais dans le giron de Hublot, quelle réflexion a bien pu ¬conduire à la naissance d’une montre aussi peu conventionnelle que La Clef du Temps? «La première raison provient de l’inutilité rationnelle de la lecture de l’heure dans une montre haut de gamme, explique Jean-Claude Biver, directeur général de Hublot. Les gens qui acquièrent une montre d’un certain prix l’achètent plus pour l’héritage, le morceau de patrimoine, l’émotion, l’esthétique…» Il invoque une autre raison, qui s’adresse, elle, à l’imaginaire: «Puisque le temps est accessoire, déréglons-le! Nous sommes oppressés par la rationalité, par la technologie, par les horaires, par les semaines… On avait envie de créer un garde-temps qui nous mettrait à l’abri de cette rationalité du temps, une montre qui indiquerait plusieurs temps: celui de l’Observatoire chronométrique de Neuchâtel, ou des gares CFF, mais aussi à tout moment votre propre temps.»

Une démarche qui surprend de la part de cet homme qui vit à 1000 à l’heure. Ainsi, le président de Hublot serait donc capable d’émettre le souhait de ralentir son rythme de vie? «Mais je le ralentis tous les soirs quand je rentre à la maison! s’exclame Jean-Claude Biver. Le temps s’arrête quand j’embrasse mes enfants, quand j’embrasse ma femme, quand je dîne… Le temps s’arrête souvent pour moi! C’est pour ça que je peux tellement l’accélérer. Tout le temps que j’ai compressé, en faisant en quinze heures le travail que l’on fait en vingt-cinq, ça me fait dix heures de gagnées! (rires). Après une accélération, j’ai besoin de m’arrêter dans une aire de repos. Et cette aire de récupération, c’est mon foyer, mon domaine, mon chez-moi, mon amour, mes enfants. Donc je suis l’exemple vivant de cette montre! Je vis deux temps: le temps accéléré et celui qui s’arrête.»

Plutôt que de l’arrêter, l’horloger-concepteur Jean-Marc Wiederrecht a préféré le suspendre. Une idée qui lui est venue «suite à une belle rencontre à laquelle on n’avait pas envie de mettre fin», dit-il. Parce qu’il existe quelques rares moments dans la vie où la qualité du temps qui passe importe plus que la quantité. L’horloger-concepteur, qui connaît mieux que quiconque la matière dans laquelle on fabrique du rêve (lire l’interview p. 10 à12), a réussi à matérialiser ce désir, non pas de figer le temps, mais de s’en extraire. «Cela fait trois ans et demi que je travaille sur ce projet commandé par Hermès, confie Jean-Marc Wiederrecht.» Comment réussit-on à suspendre le temps? «J’ai d’abord songé à utiliser une rattrapante, confie-t-il. Avec un poussoir, on aurait arrêté les aiguilles, puis en appuyant à nouveau sur le poussoir, on aurait récupéré le temps standard, un peu comme un chrono. Mais ce n’était pas une solution satisfaisante, car quand on décide de donner du temps à quelqu’un, on ne doit pas pouvoir le décompter.» Cette pensée élégante l’a conduit à suivre une autre piste.

Le Temps Suspendu, le nom du modèle qu’il a conçu, s’inscrit sur le cadran des jours, situé sur un plan inférieur entre 3 et 6 h. Rien de plus normal que le visage de cette montre dont la complication est invisible au regard. A peine remarque-t-on un petit poussoir à 9 h qui intrigue. Une pression et les aiguilles semblent s’affoler pour se positionner sur un temps illisible: celle des heures se place un peu avant le 12, et celle des minutes juste un peu après. Une heure qui n’existe pas. Le possesseur de la montre peut alors décider d’offrir son temps à qui il le souhaite, sans être tenté d’interrompre ce moment précieux à cause de deux aiguilles despotiques. Elles ont l’air si inoffensives, ainsi arrêtées dans ce qui ressemble à une friche temporelle… «Il n’existe pas beaucoup de moyens pour déconnecter le mouvement de l’affichage des heures», relève Jean-Marc Wiederrecht. Son choix? «Une triple rétrograde.» Celles des heures et des minutes font un tour de 360 degrés et reviennent en arrière, et celle des jours disparaît sous le cadran quand le temps fait mine d’arrêter sa course. Il suffit d’une pression sur le poussoir pour que l’heure exacte et la date s’affichent à nouveau. Combien de temps s’est-il écoulé? Si quelqu’un s’en soucie, cette montre n’est pas pour lui.

Ces fonctions-là – ralentir, accélérer, suspendre le temps –, plus que toute autre, relèvent d’une utopie de l’époque 2.0. Ces montres portent en elles le germe d’une rébellion envers ce tout qui va trop vite et qui nous pousse à brûler les étapes de la réflexion. Elles remettent en cause jusqu’à l’utilité de la précision, ce Saint-Graal de l’horloger.

Depuis qu’ils sont parvenus à diminuer les dimensions d’une horloge portative, donnant ainsi naissance à une montre, au début du XVIe siècle, les horlogers sont partis en quête de la précision ultime, allant jusqu’à hacher le temps menu jusqu’au 1/100e de seconde, comme vient de le faire TAG Heuer, avec son Mikrograph (lire p. 39). Or voici trois montres qui voudraient nous faire croire que la régularité du temps qui s’écoule est somme toute une vue de l’esprit… «La Clef du Temps n’aurait pas pu naître avant la fin du XXe siècle, souligne Jean-Claude Biver, car jusqu’aux années 60, dans l’horlogerie haut de gamme, on était dans la recherche du pur rationnel: plus une montre était précise et plus elle était chère. Il était impensable de faire le ¬contraire! En 1970-80, cette recherche de la précision absolue a ¬continué avec les montres à quartz qui déviaient d’une seconde par année. Ce n’est que lorsque la lecture de l’heure sur une montre a eu un rôle secondaire – une fois sur deux je regarde l’heure sur mon ordinateur ou mon portable – au milieu des années 90, que l’on aurait pu commencer à être précurseur et penser à prendre cette direction.»

La montre n’est peut-être plus un outil nécessaire, mais elle reste un accessoire doté d’une forte charge émotionnelle qui ne saurait se réduire à sa seule fonction. «On entre dans une belle ère: celle de l’art horloger. Comme à l’époque où les peintres, avec l’apparition des appareils photo, n’ont plus essayé de refléter la réalité de manière précise, mais ont commencé à peindre des expressions, ou des impressions. L’horlogerie, c’est pareil: la photo, c’est la précision de la montre à quartz, et l’art horloger, c’est quand on ajoute quelque chose d’inutile, qui n’est même pas forcément exact, mais qui enrichit l’âme», souligne Jean-Claude Biver
.
Des modèles comme les Grandes Heures, La Clef du Temps ou Le Temps Suspendu s’adressent à un public sensible non seulement à leur haute technicité, mais surtout à leur dimension philosophique et poétique. Ces montres font écho à ce désir tapi dans tous les cœurs d’enfants: celui de voyager dans le temps. Et l’adulte que l’on est devenu est prêt à payer cher pour s’offrir cette illusion…

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yoli
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yoli


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MessageSujet: Re: Suspendre le temps de son garde-temps, un art, une poésie dédié au temps...    Suspendre le temps de son garde-temps, un art, une poésie dédié au temps...  EmptyDim 17 Avr - 16:13

"Suspendre le temps de son garde-temps, un art, une poésie dédié au temps... "

Rien que la phrase me file des boutons !...
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fitz
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fitz


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MessageSujet: Re: Suspendre le temps de son garde-temps, un art, une poésie dédié au temps...    Suspendre le temps de son garde-temps, un art, une poésie dédié au temps...  EmptyDim 17 Avr - 16:23

bravohap
Docteur WHO quand tu nous tiends!!! Fier 2
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MessageSujet: Re: Suspendre le temps de son garde-temps, un art, une poésie dédié au temps...    Suspendre le temps de son garde-temps, un art, une poésie dédié au temps...  EmptyLun 18 Avr - 9:09

Aware disent les japonais? clown
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lameugne
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MessageSujet: Re: Suspendre le temps de son garde-temps, un art, une poésie dédié au temps...    Suspendre le temps de son garde-temps, un art, une poésie dédié au temps...  EmptyLun 18 Avr - 17:43

Tout ce que je vomis dans le marketing horloger, réuni en un seul texte : chapeau !

Ils ont dû utiliser ça, mais adapté à l'horlogerie : http://www.pipotronic.com/
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Suspendre le temps de son garde-temps, un art, une poésie dédié au temps...
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